Bangolo, 24 mars 2026 (AIP) – Un ressortissant de Bangolo, Djéoulai Ambroise Bionao, a retracé, lors d’un entretien téléphonique accordé lundi 23 mars 2026 à l’Agence ivoirienne de presse (AIP), l’histoire du mont ferrugineux Segaï selon la tradition orale wê.
Situé dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, ce massif riche en fer est également au centre de différends liés aux limites administratives entre les régions du Guémon et du Tonkpi.
Selon M. Bionao, la montagne, anciennement appelée « Bletrou », signifiant « montagne des lianes » en langue wê, aurait été occupée dès le XIXᵉ siècle par des chasseurs originaires du canton Zarabaon de Bangolo, notamment du groupe Kao de la tribu Nizinhi, dans la sous-préfecture de Zou.
Ces chasseurs avaient établi leurs campements au pied du massif. La tradition rapporte que le site a été la cible d’attaques attribuées à des groupes voisins. Une incursion nocturne aurait causé plusieurs pertes en vies humaines, les victimes ayant été ensevelies dans une rivière appelée « Kaowanan », en référence au totem du groupe Kao. Les survivants auraient ensuite quitté les lieux pour regagner leurs villages d’origine.
La tradition évoque également l’installation d’un guerrier wê nommé Sé, originaire des tribus aujourd’hui identifiées comme Guirié et Gbéo du village de Béoué-Zagna, chargé d’assurer la surveillance du mont. À sa mort, l’expression « Ségaï », signifiant « Sé le guerrier est tombé », se serait imposée pour désigner la montagne.
Par la suite, des populations issues notamment des tribus Djinahon et Guéo, en particulier des villages de Wongbaé et Dah, se seraient installées dans la zone. Des conflits entre communautés auraient toutefois persisté avant d’être apaisés grâce à la médiation de notabilités locales, dont le patriarche Pohan Bah.
Dans ce contexte, M. Bionao a indiqué que son arrière-grand-père, Kohou Zinon, originaire du village de Kouissra, s’était établi au pied du mont Segaï après les troubles, à la suite d’un appel de ses parents maternels de Bangolo-Wongbaé.
Son fils, Dao Pierre, grand-père du témoin, a exercé les fonctions de chef du canton Zagna de Bangolo de 1944 à 1977. Il a été remplacé par Dao Beonaho Bonnot, père de M. Bionao, qui a occupé ce poste de 1977 à 2006.
Aujourd’hui, la famille de Djéoulai Ambroise Bionao demeure installée aux abords du mont Segaï, où elle exploite des plantations et évoque la présence de vestiges d’habitations, de sépultures et d’anciennes exploitations agricoles.
Selon le témoin, la présence de minerai de fer dans la montagne avait suscité l’intérêt d’une société d’exploration minière installée à Bangolo, qui avait recruté des jeunes des sous-préfectures de Zéo, Bangolo, Zou et Logoualé, avant l’arrêt du projet en 2017.
M. Bionao a appelé à une clarification des limites administratives entre les régions du Guémon et du Tonkpi afin de préserver la cohésion sociale entre les communautés et de favoriser d’éventuels projets d’exploitation minière.
(AIP)
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