Par Simon Nessenou, journaliste -reporter
Abidjan, 24 mars 2026 (AIP)-Dans son atelier baigné du vrombissement régulier des machines à coudre, Konan Amoin Bénédicte ne se contente pas d’assembler des tissus. Elle façonne, point après point, une existence construite sur la persévérance, la dignité et l’amour du travail bien fait.
Assise derrière sa machine, le regard concentré, la couturière ajuste un ourlet avec précision. Le geste est sûr, presque instinctif. Voilà 25 ans que la couture rythme ses journées, devenant bien plus qu’un métier, une vocation.
D’origine ivoirienne, née d’un père Attié-Baoulé et d’une mère Baoulé, Konan Amoin revendique avec fierté cet héritage culturel. « Je connais bien la culture Baoulé », glisse-t-elle avec simplicité. Une identité qui imprègne son sens du détail, son goût pour l’élégance et son attachement aux formes qui valorisent la femme.
La couture, elle y est venue très tôt, presque naturellement. Enfant déjà, elle observe, s’émerveille et se projette. « Depuis mon enfance, j’adore la couture », confie-t-elle. Mais c’est un épisode marquant qui scellera définitivement son destin, celui de la mésaventure avec un couturier incapable de livrer sa tenue pendant des mois. Une frustration transformée en déclic. « À cause de lui, j’ai décidé de faire la couture », raconte-t-elle, sourire en coin, comme une revanche silencieuse sur le passé.

Formée à l’école Ayaba couture de Yopougon, aujourd’hui disparue, Konan Amoin Bénédicte y passe trois années exigeantes avant de décrocher son diplôme. L’apprentissage devient une transmission, puisqu’elle y enseignera pendant 14 ans, forgeant déjà des générations d’apprenants avec la même rigueur qu’elle s’impose à elle-même.
Dans son atelier, la clientèle n’est pas qu’une succession de commandes. Elle est une relation. « Toutes mes clientes sont comme des amies, comme des parents », affirme-t-elle. Ici, pas de place pour les tensions. Tout repose sur la confiance, le respect et l’exigence du travail bien fait. Chaque modèle est pensé, réfléchi, presque médité. « Il faut être mentalement préparé. Si tu rates un modèle, la cliente ne sera pas satisfaite », insiste-t-elle.
Ses journées commencent tardivement, entre 9h et 10h, rythme imposé par sa récente maternité. Mais elles s’étirent souvent jusqu’à la tombée de la nuit. Entre vie professionnelle et responsabilités familiales, Amoin Bénédicte compose avec méthode. « Je prépare à manger avant de partir, et le soir on gère ce qu’il y a », dit-elle avec pragmatisme. À ses côtés, un mari présent, qui a toujours connu et soutenu sa vocation.
Derrière cette stabilité, la réalité du métier reste exigeante. Pannes de machines, périodes creuses, charges à honorer, etc. « C’est épuisant ! », reconnaît-elle sans détour. Pourtant, renoncer n’a jamais été une option. « La couture m’a tout donné », affirme-t-elle avec conviction. Grâce à elle, elle a pu scolariser ses enfants jusqu’à l’université, accompagner sa mère jusqu’à sa dernière demeure et subvenir aux besoins des siens.

Partie de rien, sans financement extérieur, elle a bâti seule son activité. Les machines, le local et les équipements sont le fruit de son labeur. Une réussite silencieuse, mais profondément ancrée dans l’effort.
Aujourd’hui, ses ambitions dépassent les murs de son atelier. Elle rêve d’élargir son horizon, d’atteindre une clientèle au-delà des frontières, notamment en Occident. Mais surtout, elle nourrit un projet qui lui tient à cœur, celui d’ouvrir une école de formation. « Je veux transmettre ce métier à ceux qui veulent apprendre », dit-elle avec détermination.
Aux jeunes filles, elle adresse un conseil qui sonne comme une leçon de vie. « Apprenez un métier. Le métier nourrit son homme », conseille la couturière.
Dans chaque couture, chaque tissu soigneusement assemblé, Konan Amoin Bénédicte inscrit bien plus qu’un style. Elle y brode, inlassablement, les contours d’une vie conquise à la force du travail et d’une passion jamais démentie.
(AIP)
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