Bondoukou, 25 avr 2026 (AIP) – Le procès fictif organisé vendredi 24 avril 2026 au tribunal de première instance de Bondoukou par l’Ordre des avocats de Côte d’Ivoire a été marqué par le réquisitoire du parquet sollicitant la prison à perpétuité contre l’accusé, un orpailleur clandestin poursuivi notamment pour assassinat.
Inspirée de faits réalistes, l’audience a mis en scène l’affaire dite « Dabla », du nom de l’accusé, poursuivi pour une série d’infractions, dont l’assassinat de Moumouni, chef d’un groupe rival d’orpailleurs clandestins, ainsi que pour association de malfaiteurs, exploitation illégale de ressources minières, usage de mercure, blanchiment de capitaux et détention de stupéfiants.
Selon l’exposé des faits, le corps sans vie de la victime a été découvert le 16 août 2025 à Sorobango, à proximité d’un site d’orpaillage clandestin. Les investigations ont révélé un climat de tensions extrêmes entre groupes rivaux, aggravé par la consommation de stupéfiants et des conflits violents sur fond d’exploitation illégale de l’or.
À la barre, l’accusé Dabla a nié les faits, tout en reconnaissant des troubles de mémoire liés à la consommation de substances psychotropes. Des éléments matériels, notamment une machette portant ses empreintes et des témoignages accablants, ont été présentés par l’accusation.
La partie civile, représentée par Ama Tawa, épouse coutumière de la victime, a soutenu la thèse de l’assassinat, évoquant des menaces antérieures proférées par l’accusé à l’encontre de son concubin. Le chef du village , entendu comme témoin, a confirmé les tensions persistantes entre les deux clans.
Dans son réquisitoire, le ministère public a estimé que les charges étaient « suffisamment graves et concordantes » pour retenir la culpabilité de l’accusé et a requis la prison à vie, insistant sur la gravité des faits et leurs implications, notamment en lien avec le financement illicite et la dégradation de l’environnement par l’usage du mercure.
La défense, pour sa part, a soulevé des irrégularités de procédure, notamment l’ouverture de scellés en l’absence de l’accusé et de son avocat, plaidant pour une appréciation prudente des éléments à charge.
Après les plaidoiries, l’audience a été levée sans prononcé de verdict, conformément au caractère pédagogique de cet exercice destiné à illustrer le déroulement d’un procès criminel.

Présent à cette audience inédite, le ministre d’État, conseiller du Président de la République, Kobenan Kouassi Adjoumani, a salué une initiative qui relève « du jamais vu » dans la région. Il a appelé à multiplier ce type d’activités afin de permettre aux populations de mieux comprendre le rôle des avocats et le fonctionnement de la justice.
Pour la bâtonnière de l’Ordre des avocats de Côte d’Ivoire, MaîtreFlorence Loan-Messan, cette audience simulée, conçue comme un exercice pédagogique, vise à permettre aux populations de mieux comprendre le fonctionnement concret de la justice, de la procédure judiciaire jusqu’au prononcé du jugement.
« Nous avons choisi cette thématique en lien avec les réalités locales. L’orpaillage clandestin engendre des problèmes environnementaux, sociaux et sécuritaires importants », a expliqué Me Loan-Messan, précisant que le cas a été élaboré à partir des informations fournies par le procureur de la République.
Ce procès fictif s’inscrit dans le cadre de l’initiative « L’avocat dans la cité », qui vise à vulgariser le droit à travers des consultations gratuites et des activités de sensibilisation au profit des populations.
(AIP)
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