Abidjan, 26 mai 2026 (AIP)- Les musulmans qui ne disposent pas des moyens financiers pour accomplir le sacrifice de la Tabaski ne doivent ni culpabiliser, ni se mettre en difficulté, le sacrifice n’étant pas une obligation pour les personnes incapables financièrement, a affirmé l’imam de la mosquée Dar Salam de Marcory Massarana, Mohamed Lamine Camara.
Dans cet entretien accordé lundi 25 mai 2026 à l’AIP, l’imam explique le sens spirituel de l’Aïd El Adha, les enseignements tirés de l’épreuve du prophète Ibrahim et de son fils Ismaël, ainsi que les conditions d’acceptation du sacrifice par Allah. Il a invité les fidèles à privilégier la piété, les invocations et les actes de solidarité durant l’Aïd El Adha.
Quel est le sens religieux et spirituel du sacrifice de la Tabaski dans l’islam ?
La Tabaski, encore appelée Aïd El Adha, commémore la grande épreuve qu’Allah a imposée au prophète Ibrahim (alayhi salam) et à son fils Ismaël afin d’éprouver leur foi, leur obéissance et leur soumission totale à Lui.
Dans le Saint Coran, notamment dans la sourate 37, versets 103 à 105, Allah rappelle comment Ibrahim a accepté d’immoler son fils après avoir vu ce commandement en songe à plusieurs reprises. Au moment où père et fils se sont totalement soumis à la volonté divine, Allah a remplacé Ismaël par un grand sacrifice.
Cette fête symbolise donc l’obéissance à Allah, la sincérité dans la foi, le renoncement aux passions et aux attachements excessifs, mais aussi la reconnaissance envers Dieu. Ibrahim a accepté de sacrifier ce qu’il avait de plus cher pour obéir à son Seigneur.
La Tabaski porte également des valeurs de partage et de solidarité envers les personnes démunies. Allah précise d’ailleurs dans la sourate 22, verset 37, que « ni leur chair ni leur sang n’atteindront Allah, mais ce qui l’atteint de votre part, c’est la piété ». Cela signifie que Dieu n’a pas besoin de la viande ou du sang du sacrifice, mais de la pureté de l’intention et de la piété du croyant.
Quels enseignements les musulmans doivent-ils tirer de l’épreuve vécue par le prophète Ibrahim et son fils ?
Cette histoire renferme plusieurs enseignements fondamentaux. Le premier est la soumission totale à Allah. Ibrahim a accepté sans hésitation l’ordre divin et son fils Ismaël lui a répondu : « Ô mon père, fais ce qui t’est commandé. Tu me trouveras, s’il plaît à Allah, parmi les endurants ». Cette attitude traduit une foi et une soumission exemplaire.
Le deuxième enseignement est la patience et l’endurance face aux épreuves. Le croyant doit rester patient, car Allah est avec ceux qui patientent. Il faut également avoir une confiance absolue en Allah, même dans les moments les plus difficiles.
Cette histoire enseigne aussi l’esprit du sacrifice. Le musulman doit être prêt à sacrifier son temps, ses biens, ses passions et ses intérêts personnels pour rechercher l’agrément d’Allah.
Enfin, elle montre l’importance de l’éducation religieuse des enfants. Ismaël était un fils pieux et obéissant, ce qui prouve la nécessité de transmettre aux enfants les valeurs de foi et de soumission à Dieu.
Le sacrifice du mouton est-il une simple tradition ou un acte d’adoration ?
Le sacrifice de la Tabaski est avant tout un acte d’adoration. Allah dit dans la sourate 108, verset 2 : « Accomplis la prière pour ton Seigneur et sacrifie ».
Le jour de l’Aïd, le musulman accomplit d’abord la grande prière avant de procéder à l’immolation. Le prophète Mohammed (paix et salut sur lui) accomplissait lui-même ce sacrifice chaque année. Il a notamment sacrifié deux béliers blancs cornus, selon des hadiths rapportés par Al-Boukhari et Mouslim.
La majorité des savants considèrent ce sacrifice comme une Sounnah fortement recommandée pour celui qui en a les moyens. L’aspect culturel intervient surtout dans les habitudes sociales liées à la fête, comme les retrouvailles familiales, les déplacements vers les villages ou les réunions de famille.
Quelles sont les conditions pour que le sacrifice soit accepté par Allah ?
La première condition est la sincérité de l’intention. Le sacrifice doit être accompli uniquement pour Allah. Le Saint Coran rappelle dans la sourate 98, verset 5, qu’il a été ordonné aux croyants d’adorer Allah avec un culte sincère. Le prophète Mohammed a également enseigné que les actes ne valent que par les intentions.
La deuxième condition est que l’animal soit licite et exempt de défauts majeurs. Le prophète a interdit le sacrifice d’un animal malade, aveugle, boiteux ou extrêmement maigre. Il faut aussi respecter le moment du sacrifice, c’est-à-dire après la grande prière de l’Aïd. Celui qui égorge avant la prière n’accomplit qu’un simple acte ordinaire et non le sacrifice rituel.
L’animal doit également avoir l’âge requis. Le mouton doit avoir au moins six mois selon de nombreux savants, la chèvre un an, la vache deux ans et le chameau cinq ans. Enfin, il faut respecter les règles islamiques de l’abattage, notamment prononcer le nom d’Allah au moment du sacrifice.
Quel message adressez-vous aux musulmans qui n’ont pas les moyens d’accomplir le sacrifice cette année ?
Les musulmans qui n’ont pas les moyens ne doivent ni culpabiliser, ni se mettre dans des difficultés financières. Allah dit dans le Coran qu’Il n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. Le sacrifice n’est pas obligatoire pour celui qui est incapable financièrement. Allah récompense déjà la bonne intention du croyant.
Ceux qui ne peuvent pas sacrifier peuvent néanmoins profiter des bénédictions de cette fête en jeûnant le jour d’Arafat, veille de l’Aïd, en multipliant les invocations, les takbir et les actes de rappel d’Allah pendant les jours de fête. Ils peuvent également renforcer les liens de fraternité, rendre visite aux proches et aux voisins, échanger des bénédictions et participer à la grande prière de l’Aïd.
L’imam a insisté sur l’importance pour toute la famille, y compris les femmes et les enfants, de participer à cette grande prière afin de bénéficier des bénédictions et des enseignements de cette journée spirituelle.
(AIP)
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