Par Ngbesso Marcel AIP Abengourou
Abengourou, sept 2025 (AIP) – Située à l’est de la Côte d’Ivoire, Abengourou connaît une croissance démographique rapide qui exerce une forte pression sur ses infrastructures d’assainissement. Les défis sont multiples : voirie dégradée, obstruction des caniveaux, inondations saisonnières, pollution des eaux usées, gestion des déchets liquides et solides. Ces enjeux affectent la santé publique, la qualité de vie et le développement durable de la ville.
Une pression démographique sur des infrastructures insuffisantes
Avec 135 000 habitants en 2021 et une projection de 176 412 habitants d’ici 2035, Abengourou est aujourd’hui la 10ᵉ ville la plus peuplée du pays. Cette croissance s’accompagne d’une urbanisation souvent non planifiée, compliquant la gestion urbaine, notamment en matière d’assainissement. Plusieurs quartiers restent mal desservis ou totalement dépourvus de voirie bitumée, rendant difficile l’évacuation des eaux en saison des pluies.
Le réseau d’eau demeure inégalement réparti, surtout dans les zones périphériques. Par ailleurs, la ville ne dispose pas encore d’un véritable réseau d’égouts souterrain. Le système d’évacuation actuel, peu développé, ne couvre qu’une faible portion de la commune. La collecte des déchets, bien que régulière, reste perturbée par l’existence de points de dépôts anarchiques et une décharge souvent saturée. Quant aux caniveaux ouverts, fréquemment obstrués, ils favorisent la prolifération des moustiques et la propagation de maladies hydriques.
L’assainissement, un levier pour la santé et le développement
Face à cette situation, le maire Hervé Adom Patrick et son équipe ont fait de l’assainissement urbain une priorité stratégique. Leur vision : transformer ce secteur en un levier d’amélioration de la santé publique, de dynamisation économique et de résilience face au changement climatique.

Corriger les déséquilibres dans les quartiers
Dans le quartier HKB, confronté à une pénurie d’eau potable et d’électricité et dépourvu de voirie, le maire a réaffirmé sa volonté d’agir rapidement.
« Nous avons mené des démarches pour obtenir le bitumage de HKB, un quartier qui s’est développé sans prise en compte des voiries et réseaux divers », a-t-il expliqué.
Il a précisé que le conseil municipal travaille également à régler durablement l’approvisionnement en eau et en électricité. En attendant, la mairie a lancé des travaux de reprofilage des voies, de curage de caniveaux et de pose de nouveaux ouvrages dans les zones les plus exposées aux inondations.
Trois cents millions de FCFA pour renforcer la voirie
En août 2025, une enveloppe de 300 millions FCFA a été allouée à la réhabilitation de la voirie dans les quartiers Cafétou, Agnikro, Nouveau Quartier et Bonzou 1er HKB. Toutefois, le chantier accuse un retard, en raison des défaillances du prestataire, dont le matériel vétuste compromet les délais et la qualité.
Le maire a indiqué que des procédures de résiliation sont en cours afin de recruter des entreprises plus fiables. En parallèle, des démarches sont engagées pour obtenir quelques kilomètres supplémentaires de bitumage, répondant ainsi aux attentes des populations.
Une mobilisation communautaire avec le THIMO
Dans le cadre du projet de Travaux à haute intensité de main d’œuvre (THIMO), 450 jeunes, majoritairement des femmes, ont été mobilisés pour des opérations d’assainissement dans les villages de l’Indénié-Djuablin. Répartis en 18 brigades, ils interviennent pendant trois mois dans plusieurs localités.
Les populations, elles, formulent des propositions. Konan Martial appelle à l’installation de toilettes modernes et écologiques dans les marchés et espaces publics. Soumlan Koffi recommande des campagnes de sensibilisation et la création de brigades de surveillance environnementale pour sanctionner les comportements inciviques tels que le dépôt anarchique des ordures.
« C’est ensemble – citoyens, élus, partenaires – que cette vision d’une cité propre, saine et durable pourra devenir réalité », affirme-t-il.
Appui institutionnel et innovations vertes
En juillet, l’Agence nationale de gestion des déchets (ANAGED) a remis à la mairie divers équipements : un tracteur, quatre tricycles, deux débroussailleuses et du matériel de nettoyage.
Par ailleurs, le projet “Cœur vert” a été lancé pour améliorer la qualité de l’air et créer des espaces verts. Selon Amoikon Banga Mian, premier adjoint au maire, cette initiative s’inscrit dans l’Agenda 21 local.
« L’enjeu est clair : repenser le système d’assainissement pour garantir un environnement sain et durable aux populations », a souligné le maire, affirmant sa volonté de faire d’Abengourou une ville respectueuse de l’environnement.

Le Plan d’urbanisme de détail, boussole d’un développement durable
Adopté en mai 2025, le Plan d’urbanisme de détail (PUDé) vient opérationnaliser le Plan d’urbanisme directeur (PUD) de 2016. Il repose sur trois axes, à savoir renforcer le statut économique de la ville, organiser le cadre de vie des populations et gérer durablement les ressources naturelles.
Le PUDé prévoit la création de zones industrielles, commerciales et touristiques, ainsi que des opérations de restructuration et de rénovation urbaine. Il intègre aussi des dispositifs pour préserver les zones inondables grâce à des aménagements verts.
Pour l’urbaniste N’Draman N’Guessan Roger, directeur général du cabinet AFRICURBA-CI, il s’agit de créer « un cadre cohérent d’aménagement du territoire urbain », intégrant voirie, réseaux divers, centres d’activités et équipements de proximité.
« Notre ambition est de faire d’Abengourou une cité durable, respectueuse de l’environnement et tournée vers un développement harmonieux », conclut le maire Hervé Adom.
(AIP)
Nam/kp

