Abidjan, 30 sept 2025 (AIP) – La fin de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui permettait aux pays d’Afrique subsaharienne d’exporter sans droits de douane vers le marché américain, prend fin ce 30 septembre 2025, plongeant plusieurs secteurs économiques du continent dans l’incertitude.
Institué en 2000 par l’ancien président Bill Clinton, ce dispositif ouvrait la porte du marché américain à près de 7.000 produits en provenance de 35 pays africains. Textiles, produits agricoles, minerais rares et biens manufacturés ont pu bénéficier de ce privilège, générant des milliers d’emplois, notamment à Madagascar, au Lesotho ou en Afrique du Sud.
Désormais, avec la politique protectionniste adoptée par l’actuel gouvernement américain, ces avantages disparaissent. Ainsi à Madagascar, la vanille et le textile sont désormais taxés à 47 %, le Lesotho, spécialisé dans le denim, encaisse une taxe de 50 % tandis que l’Afrique du Sud, premier exportateur africain vers les États-Unis, redoute la suppression de plus de 35.000 emplois dans le secteur des agrumes.
En Côte d’Ivoire, ce sont surtout les exportations de cacao transformé et de produits agricoles à forte valeur ajoutée qui se trouvent menacées.
Pour l’économiste malien Étienne Fakaba Sissoko, la fin de l’AGOA doit être vue comme « une occasion historique pour l’Afrique de sortir de la dépendance ». Il appelle les États africains à « renforcer leurs accords intra-continentaux » et à accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Le consultant Mamady Kamara, établi aux États-Unis, abonde dans le même sens. Selon lui, la diversification des partenariats est inévitable. « La Chine, déjà premier partenaire commercial de nombreux pays africains, apparaît comme une alternative naturelle. Mais l’Union européenne, l’Inde, la Turquie, le Brésil ou encore la Russie cherchent aussi à accroître leur présence », explique-t-il, tout en soulignant qu’il faudra éviter de « remplacer une dépendance par une autre ».
En 2024, les exportations africaines via l’AGOA représentaient huit milliards de dollars, alors que les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine s’élevaient à 295 milliards de dollars, selon les douanes chinoises.
Au-delà des chiffres, ce sont des milliers de travailleurs et de familles africaines qui voient leur avenir fragilisé par la fin du programme. Dans les mines du Ghana et de la Namibie, l’incertitude plane sur la compétitivité des exportations.
« L’Afrique est à la croisée des chemins », résume M. Sissoko, estimant qu’elle peut continuer à dépendre de dispositifs extérieurs ou saisir cette occasion pour bâtir ses propres modèles de coopération, basés sur la complémentarité et la création de valeur locale.
La fin de l’AGOA, redoutée par beaucoup, pourrait donc se transformer en une opportunité historique, celle d’une réinvention commerciale où l’Afrique, forte de ses ressources et de son marché intérieur, tracerait une nouvelle voie vers l’autonomie économique.
(AIP)
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