Tiassalé, 10 mai 2026 (AIP) – Le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle (CMU), également président du Conseil régional de l’Agneby Tiassa, Pierre Dimba, a été exfiltré dans la soirée du samedi 9 mai 2026, à l’issue d’une réunion tenue dans le village de Bôdô, laquelle a dégénéré en violents affrontements, occasionnant d’importants dégâts matériels.
Selon plusieurs sources concordantes, les tensions auraient éclaté à la suite de l’interpellation d’un jeune homme, Hyppolite N’Guessan, au cours d’une réunion de conciliation relative au projet de plateforme économique du PK 108.
Dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, les propriétaires terriens contestent le montant de la purge des droits, fixé à 1 000 francs CFA le mètre carré, qu’ils estiment largement insuffisant.
Le ministre Pierre Dimba s’était rendu sur place afin de convaincre les populations d’accepter cette proposition, en vue de permettre l’exécution du projet.
Cependant, la rumeur de l’interpellation du jeune homme a rapidement attisé la colère des populations. Des habitants ont alors pris d’assaut la résidence du chef du village, lieu où se tenait la rencontre, pour exiger sa libération.
Au fil des heures et à mesure que la tension montait, la situation s’est considérablement détériorée, contraignant les forces de l’ordre à intervenir pour exfiltrer le ministre et sa délégation, composée notamment du préfet de région, du préfet du département de Tiassalé ainsi que de plusieurs collaborateurs.
Au cours de cette opération, les véhicules du préfet de région et du sous-préfet de Tiassalé ont été caillassés. La résidence du chef du village ainsi que son véhicule ont été incendiés. Un autre véhicule appartenant à un ressortissant du village, de même qu’un débit de boisson, ont également été réduits en cendres.
Sur le plan humain, deux gendarmes auraient été blessés, selon des sources sécuritaires. Plus d’une cinquantaine de personnes ont été interpellées, puis placées en garde à vue à la brigade territoriale de gendarmerie de Tiassalé.
À la mi-journée de ce dimanche, le village offrait l’image d’une localité désertée. Les habitants, soit retranchés à leur domicile, soit réfugiés dans les localités environnantes ou en brousse, vivaient dans un climat marqué par la peur et l’incertitude.
Face à cette situation, qualifiée d’opération de « pacification » en cours, le maire de N’Douci, en visite sur les lieux où aucune présence humaine n’était perceptible, a plaidé pour l’ouverture d’un couloir humanitaire destiné à permettre aux personnes âgées ainsi qu’aux populations vulnérables de quitter leurs habitations ou leurs lieux de refuge afin de subvenir à leurs besoins essentiels.
En réponse à cette requête, le chef des opérations, le lieutenant-colonel Ouattara Sié, a indiqué qu’il en référerait à sa hiérarchie afin de déterminer les dispositions appropriées. Il a précisé avoir reçu pour instruction de mener une opération de pacification du village sur une période allant de 72 heures à une semaine, au regard de la gravité des actes perpétrés.
Selon lui, il est inconcevable que des citoyens s’en prennent à un ministre de la République ainsi qu’aux représentants de l’administration préfectorale. De retour de Bôdô, ce sont les images d’un village fantôme, les cendres encore fumantes et les douilles de grenades lacrymogènes qui restent gravées dans les mémoires.
(AIP)
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