Duékoué, 20 sept 2026 (AIP)- Le biodigesteur, une technologie permettant de produire du biogaz et du fertilisant organique à partir de matières biodégradables, apparaît comme une solution concrète pour réduire l’utilisation du bois de chauffe, améliorer les conditions de travail des productrices d’attiéké et contribuer à la protection de l’environnement.
L’AIP découvert le fonctionnement de cette technologie lors d’une visite de terrain organisée le vendredi 18 septembre 2026 à Bohoussoukro, à une dizaine de kilomètres de Duékoué, en présence notamment de membres du ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH), de représentants de CARE International et de l’Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre (AB-AOC), de parlementaires et du préfet de la région du Guémon.
Selon l’ingénieur en techniques agricoles à CARE International, N’Guessan Marius, le biodigesteur permet de produire à la fois du biogaz, principalement composé de méthane, destiné notamment à la cuisson de l’attiéké, et du digestat pouvant être utilisé comme fertilisant organique.
« Le dispositif permet de valoriser les déchets organiques pour produire de l’énergie et du biofertilisant, tout en réduisant le recours aux ressources forestières », a-t-il expliqué.
Des déchets transformés en biogaz
Le processus commence par l’alimentation de la fosse avec des matières organiques biodégradables, notamment les déjections animales et certaines matières végétales riches en éléments nutritifs.
Le mélange est ensuite acheminé vers un dôme où se déroule la fermentation. Sous l’action de bactéries et à une température favorable, comprise généralement entre 30 et 40 degrés Celsius, la matière organique produit du biogaz qui est ensuite stocké dans une bâche reliée au dôme par un tuyau.
« À l’arrivée du biogaz au niveau de la bâche, il y a des brûleurs installés à côté que les femmes peuvent facilement allumer pour que le surpresseur puisse extraire le biogaz vers les brûleurs, afin d’avoir du feu dans les foyers et permettre aux femmes de préparer l’attiéké », a précisé M. N’Guessan.
Il a indiqué qu’après la mise en alimentation du dispositif, environ huit jours sont nécessaires pour obtenir du méthane prêt à l’utilisation.
Une technologie appréciée par les productrices
Les responsables des coopératives et les associations de femmes de Bohoussoukro ont exprimé leur satisfaction à l’égard du dispositif, dont elles disent percevoir les effets sur leurs conditions de travail et leurs revenus.
Elles ont notamment évoqué la réduction de la corvée de bois, la diminution de leur exposition à la fumée lors de la cuisson de l’attiéké et la baisse des coûts de production grâce à l’utilisation du biogaz.
Elles apprécient également la disponibilité du digestat, utilisé comme fertilisant dans leurs cultures maraîchères, qui leur permet de réduire leurs dépenses en intrants et de diversifier leurs activités.
Pour le secrétaire exécutif de l’AB-AOC, Dr Mourima Maï Moussa, cette expérience illustre l’intérêt d’une généralisation de la technologie en Côte d’Ivoire.
Il a appelé à la ratification par le pays de la convention de l’AB-AOC, estimant qu’elle permettra de mettre en place un programme national structuré, de mobiliser des financements et de renforcer les échanges d’expériences entre les pays membres, notamment dans la valorisation des déchets.
Il a également exhorté les populations à se former à l’utilisation du biodigesteur afin de favoriser son appropriation et sa mise à l’échelle sur l’ensemble du territoire national.
La porte-parole de la délégation des parlementaires, Salimata Dembélé épouse Diarra, a estimé que la technologie apporte une réponse aux enjeux de développement local, de transition énergétique, de protection de l’environnement et d’amélioration des conditions de vie.
Elle a souhaité voir les biodigesteurs se multiplier à travers le pays, notamment dans les chefs-lieux de région, afin de permettre à davantage de populations d’en bénéficier.
Le préfet de la région du Guémon, préfet du département de Duékoué, Jean-Marie Vianney Addoh Tano, a, pour sa part, salué une technologie qui permet de transformer les déchets et déjections animales en énergie, tout en contribuant à lutter contre la déforestation et la précarité énergétique en milieu rural.
Il a appelé les parlementaires à soutenir le déploiement de cette technologie et assuré de la disponibilité de l’administration préfectorale à accompagner le processus de ratification de la convention de l’AB-AOC.
Le directeur des productions animales et point focal national de l’AB-AOC en Côte d’Ivoire, Dr Christian Tré Bi, a indiqué que la prochaine étape demeure la ratification de la convention, qui devrait permettre à la Côte d’Ivoire de bénéficier de financements, d’appuis techniques et d’une coopération sous-régionale accrue pour développer la filière du biodigesteur.
(AIP)
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