Abidjan, 21 juil 2026 (AIP) – Troisième producteur mondial de caoutchouc naturel derrière la Thaïlande et l’Indonésie, et premier en Afrique, la Côte d’Ivoire poursuit la transformation de sa filière hévéa. Si la vente du latex demeure le principal moteur des revenus des planteurs, de nouvelles opportunités économiques émergent autour de la commercialisation des graines, de la valorisation du bois d’hévéa et d’un mécanisme de fixation des prix destiné à mieux protéger les producteurs.
Les Journées culturelles et sportives organisées les 17 et 18 juillet 2026 à Sassandra par la Fédération des organisations professionnelles agricoles de producteurs de la filière hévéa de Côte d’Ivoire (FPH-CI) illustrent cette nouvelle dynamique, qui associe sensibilisation économique, proximité avec les planteurs et cohésion sociale.
Selon les données de la FPH-CI, la Côte d’Ivoire a produit 1 932 106 tonnes de caoutchouc naturel sec en 2025. La filière fait vivre directement ou indirectement plusieurs centaines de milliers de personnes, des producteurs aux transformateurs.
Une Fédération qui se rapproche des producteurs
À Pauly-Brousse, dans le département de Sassandra (Sud-Ouest, région du Gboklê), les tournois de football, concours culinaires et compétitions de saignée ont servi de cadre à des séances d’information destinées à mieux faire connaître les nouvelles perspectives économiques de la filière.
Pour la FPH-CI, cette proximité constitue désormais un axe stratégique. Créée le 16 mai 2019, la Fédération a progressivement étendu son maillage territorial. Elle dispose aujourd’hui de 26 bureaux de secteur répartis dans les principales zones de production, appuyés par un réseau de 4 014 délégués-villages chargés de relayer les informations et d’assurer l’encadrement des planteurs. Le secteur de Sassandra, créé le 4 décembre 2024, est l’un des plus récents.
Graines, bois en plus du latex : les nouvelles promesses de l’hévéa
« Aujourd’hui, tout se vend dans l’hévéa », a résumé le président du Conseil d’administration de la FPH-CI, Dally Jules. Au-delà du latex, les producteurs sont désormais encouragés à tirer profit de la commercialisation des graines d’hévéa, utilisées notamment pour la production de plants, ainsi que du bois issu des plantations en fin de cycle, devenu une matière première recherchée sur les marchés internationaux de l’ameublement et du contreplaqué.
Pour la Fédération, ces nouvelles activités constituent des revenus additionnels susceptibles d’améliorer la rentabilité des exploitations tout en accompagnant le renouvellement des vergers.
Des réformes qui changent la gouvernance de la filière
Cette évolution est le résultat d’une réforme engagée par l’État depuis 2011 avec la création des organisations interprofessionnelles agricoles (OIA), suivie de la mise en place du Conseil Hévéa-Palmier à huile-Coco (CHPC), devenu l’organe de régulation de la filière.
En 2020, l’Association des professionnels du caoutchouc naturel (APROMAC) s’est transformée en organisation interprofessionnelle composée de deux collèges. Il s’agit de celui des producteurs présidé par le PCA de la FPH-CI, Dally Jules, et celui des transformateurs chapeauté par le PCA de l’Association des usiniers producteurs de caoutchouc naturel (AUPCN), Sanogo Lamine.
Cette réforme a renforcé le poids des planteurs dans les prises de décision. Alors qu’ils disposaient auparavant d’une influence limitée, ils détiennent désormais 60% des voix au sein de l’interprofession, contre 40% pour les industriels.
Un mécanisme de prix plus favorable aux planteurs
L’un des principaux acquis de cette nouvelle gouvernance est l’adoption d’un mécanisme consensuel de fixation des prix. Selon Dally Jules, cette réforme met fin aux prix variables fixés individuellement par les usiniers et offre davantage de visibilité aux producteurs.
Concrètement, leur part dans la répartition des revenus issus de la vente du caoutchouc est passée de 63% à 66%, tandis que la décote de 2% appliquée auparavant a été supprimée. Le dispositif vise également à limiter les situations de monopole, à renforcer la concurrence entre les transformateurs et à instaurer davantage de transparence sur les ponts-bascules.
Une culture de rente aux revenus réguliers
Pour le directeur général de la société EXAT, Charles-Emmanuel Yacé, partenaire de ces journées, l’hévéa présente un avantage économique majeur. « L’hévéa offre la possibilité de produire pendant 10 mois sur 12. Cette régularité permet aux producteurs de disposer d’entrées financières quasiment permanentes. C’est pourquoi ces journées revêtent une importance particulière. »
Cette régularité constitue un atout dans un contexte où les producteurs cherchent à sécuriser leurs revenus face aux fluctuations des marchés agricoles.
Le développement passe aussi par la cohésion sociale
Le préfet de la région du Gboklê, Yao Kouassi Bruno, a salué l’installation du bureau de secteur de la FPH-CI à Sassandra, estimant qu’il contribuera à un meilleur accompagnement des producteurs.
Au-delà des enjeux économiques, les organisateurs ont fait de ces journées un moment de rassemblement. Des trophées ont récompensé la meilleure équipe de football, le meilleur saigneur, la meilleure coopérative engagée dans la commercialisation des graines d’hévéa, la meilleure cuisine traditionnelle ainsi que « l’Awoulaba » du secteur. Des dons de matériel informatique et d’équipements ont également été remis à la sous-préfecture de Médon et à la chefferie de Pauly.
Pour la FPH-CI, le développement de la filière ne repose plus uniquement sur l’augmentation de la production. Il passe désormais par une meilleure organisation des producteurs, la diversification des sources de revenus et un accompagnement de proximité, afin que la croissance de l’hévéaculture se traduise durablement par une amélioration des conditions de vie des planteurs ivoiriens.
(AIP)
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