Abidjan, 03 nov 2026 (AIP) – La Cour d’appel d’Abidjan entend renforcer la célérité dans le traitement des affaires judiciaires, notamment en matière de détention, afin de préserver les libertés individuelles et de consolider la confiance des justiciables dans l’institution judiciaire, a affirmé la procureure générale, Sori Nayé Henriette.
Cette volonté s’inscrit dans la lutte contre les détentions prolongées et les lenteurs judiciaires, considérées comme des préoccupations majeures de la justice ivoirienne.
S’exprimant sur le bilan de l’année judiciaire écoulée, la procureure générale a rappelé la problématique préoccupante des détentions dites « injustifiées », qu’elle a qualifiées d’« atteinte intolérable aux libertés individuelles ».
Mme Sori a, à cet égard, interpellé les magistrats du Parquet et les juges d’instruction sur leur responsabilité dans la protection de la liberté individuelle, soulignant que toute détention prolongée sans justification constitue un manquement à leur mission.
Face à cette situation, un atelier organisé par la Chancellerie à Yamoussoukro a permis de mettre l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale devant leurs responsabilités et d’adopter des mesures correctives. Ces dispositions portent notamment sur le renforcement du suivi des détentions par les cabinets d’instruction, la transmission diligente des comptes rendus d’audience par les parquets, l’accélération du traitement des procédures d’appel par les greffes et l’exécution prompte des ordres de mise en liberté par les établissements pénitentiaires.
La procureure générale a insisté sur la nécessité d’assurer l’application effective de ces mesures, déjà mises en œuvre, afin qu’aucune personne ne demeure privée de liberté en raison d’une négligence, d’un défaut de suivi ou d’un retard évitable dans l’accomplissement des formalités judiciaires. Pour elle, les détentions qui se prolongent outre mesure constituent le symptôme d’un problème plus profond, notamment la lenteur de la justice, qui affecte la confiance des citoyens dans l’institution.
« La liberté ne peut attendre, et lorsque le temps judiciaire s’étire excessivement, c’est l’idée même de justice qui s’estompe », a-t-elle souligné.
Reconnaissant les insuffisances en ressources humaines et matérielles auxquelles les juridictions sont confrontées, la procureure générale a toutefois estimé que ces contraintes ne sauraient justifier les retards dans le traitement des procédures.
Elle a appelé les magistrats à davantage de rigueur dans le suivi des dossiers, la maîtrise des délais de délibéré, la limitation des renvois dilatoires et la gestion des services judiciaires.
« L’efficacité de notre action ne s’apprécie pas seulement à la justesse de nos décisions, mais aussi à la célérité avec laquelle elles sont rendues », a-t-elle fait remarquer.
Toutefois, la procureure générale a précisé que la recherche de la célérité ne doit pas se faire au détriment de la qualité de la justice et du respect des droits de la défense, notamment le principe du contradictoire et le droit au recours. Elle a ainsi plaidé pour un équilibre entre les exigences d’une justice rapide et celles d’une justice équitable, rappelant qu’une justice expéditive ne saurait constituer une bonne justice.
Le ministère de la Justice a identifié plusieurs cas de détentions irrégulières (personnes dépassant les délais légaux, maintenues en détention malgré une relaxe, ou ayant déjà purgé leur peine) et a affiché sa volonté de sanctionner les détentions injustifiées et de s’attaquer au problème structurel du financement des procès.
(AIP)
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