Guiglo, 25 août 2026 (AIP) – Au grand marché de Guiglo, dans la région du Cavally (Ouest de la Côte d’Ivoire), son étal ne passe pas inaperçu. Seul jeune homme à y vendre de la viande de porc fumée, Armand Inahi, la trentaine, a choisi ce commerce pour sortir de l’oisiveté et assurer les besoins de sa famille, en se rendant ainsi autonome et indépendant financièrement.
« Il n’y a pas de sot métier », aime-t-il répéter. Une conviction qui l’a conduit à se lancer dans le fumage et la commercialisation de viande de porc, une activité qu’il exerce à son propre compte depuis 2019, a-t-il fait savoir, dimanche 23 août 2026 à Guiglo.
Le commerçant dit avoir appris les techniques de fumage auprès d’une femme qu’il appelle affectueusement « maman ». Après cette formation, il décide de voler de ses propres ailes. Il achète la viande dans des poissonneries, la fume puis l’écoule au grand marché de Guiglo. « Je me suis rendu compte que je peux gagner ma vie dans la vente de viande de porc. Alors, je me suis lancé dedans », explique-t-il.
Avec les revenus tirés de cette activité, Armand Inahi affirme parvenir à subvenir aux besoins de sa famille et à financer notamment la scolarité de ses trois enfants, trois filles. Le commerce lui permet également de réaliser d’autres projets et de faire vivre deux employés qui travaillent à ses côtés, en plus du conducteur de tricycle qui transporte quotidiennement sa marchandise.

Son activité dépasse désormais les limites de Guiglo. Le jeune homme s’est constitué une clientèle à Daloa et à Bouaké, notamment, à laquelle il expédie régulièrement des colis de viande de porc fumée. Une clientèle qu’il considère comme un encouragement à persévérer. « Je vends dans tout le marché de Guiglo. Tout le Cavally me connaît », assure-t-il, non sans fierté. Au grand marché, ajoute-t-il, il suffit de demander « le seul garçon qui vend de la viande de porc » pour être orienté vers son étal.
Entre persévérance et difficultés
Comme toute activité commerciale, la vente de viande de porc fumée connaît des périodes fastes et d’autres plus difficiles. Armand Inahi dit avoir appris à composer avec ces fluctuations. « Souvent ça marche, souvent aussi ça ne marche pas comme on le souhaite, mais il faut être patient », souligne-t-il.
A ces difficultés s’ajoutent les contraintes liées au transport de sa marchandise. Chaque jour, il doit faire appel à un conducteur de tricycle pour acheminer la viande fumée de son domicile au marché, puis effectuer le trajet inverse après la vente.
Son principal souhait est donc de disposer de son propre tricycle. Un tel équipement, estime-t-il, lui permettrait de réduire ses charges et de mieux organiser son activité. « Si une bonne volonté veut m’aider à avoir un tricycle pour transporter la viande de la maison au marché, ça va me soulager », plaide-t-il, souhaitant également bénéficier d’un espace de vente mieux aménagé pour accroître son activité.
Pour préserver sa famille de la fumée dégagée lors du fumage, Armand ne souhaite pas que sa compagne participe directement à cette étape du travail. Il s’appuie plutôt sur ses deux employés, auxquels s’ajoute le conducteur de tricycle pour le transport.
Briser les préjugés
Au-delà de la recherche de revenus, Armand Inahi veut faire de son activité un exemple pour la jeunesse. Il entend démontrer qu’aucun métier honnête ne devrait être considéré comme dévalorisant ou réservé à un sexe. « Mon souhait, c’est de faire de mon commerce de viande de porc un vrai business pour montrer aux jeunes Africains, singulièrement aux jeunes Ivoiriens, et particulièrement à la jeunesse du Cavally et de Guiglo, que tu peux être un homme et exercer un métier reconnu aux femmes. Il n’y a pas de honte à cela », affirme-t-il.
Son choix professionnel lui vaut parfois des moqueries. Certains estiment en effet que la vente de viande fumée serait davantage destinée aux femmes. Mais le jeune commerçant dit ne pas se laisser décourager par ces railleries. « Ce que je cherche dans ce commerce-là, c’est moi seul qui le connais. Ceux qui se moquent n’ont encore rien compris de la vie », répond-il avec détermination.
A travers son parcours, Armand Inahi veut surtout adresser un message aux jeunes sans emploi de sa région et de toute la Côte d’Ivoire : « oser entreprendre, même dans des secteurs jugés modestes. » Il cite notamment l’exemple d’un jeune qu’il suit sur TikTok, qui commercialise du placali dans son restaurant et attire une importante clientèle. « J’encourage tous les jeunes sans emploi à faire comme lui, comme moi », lance-t-il.
A Guiglo, entre les fumées et les allées animées du grand marché, le vendeur de viande de porc fumée poursuit ainsi son petit commerce avec une ambition plus grande, celle de transformer une activité souvent perçue comme ordinaire en une véritable entreprise, tout en prouvant qu’un métier honnête peut être une voie vers l’autonomie et la dignité d’un jeune, même qualifié, sans emploi.
(AIP)
(Portrait réalisé par Joseph Agness Abouo)
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