Sassandra, 31 août 2026 (AIP)- La présence d’éléphants dans la sous-préfecture de Grihiri, dans le département de Sassandra, est devenue récurrente, avec des conséquences sur les activités agricoles et des risques de conflits avec les populations, a indiqué le directeur départemental des Eaux et Forêts de Sassandra, le colonel Bamori Amadou.
Le responsable s’exprimait jeudi 27 août 2026 lors d’une visite du ministre des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan, dans les locaux de la direction départementale, au quartier Fonctionnaire de Sassandra.
« Avant votre arrivée, il y a 45 minutes, le sous-préfet de Grihiri est passé dans nos locaux afin de nous signaler, pour la énième fois, la présence des éléphants dans sa localité », a rapporté le colonel Bamori Amadou.
Selon lui, la présence de ces animaux a entraîné des conflits entre les populations et la faune, allant des dégâts matériels aux blessures corporelles et aux pertes en vies humaines.
« Sur le terrain, nous avons des conflits récurrents entre hommes et faune. Ces conflits sont partis des dégâts matériels, des blessures corporelles jusqu’à mort d’hommes. On dénombre quatre morts d’hommes, il y a trois ans. Avec la sensibilisation, nous n’avons pas enregistré de décès humains ces deux dernières années, mais plutôt des blessures », a-t-il expliqué.
Le directeur départemental des Eaux et Forêts a relevé une évolution dans la durée de présence des éléphants à Grihiri. Selon lui, ces animaux apparaissaient auparavant dans la localité pendant deux à trois mois avant de repartir.
« Mais depuis l’année dernière, ils ont élu domicile dans ce chef-lieu de sous-préfecture. Nous comptabilisons au total 14 mois de leur présence sans interruption dans cette zone », a-t-il indiqué.
Cette présence prolongée occasionne également des dégâts dans les plantations et les zones d’habitation. Lors de la dernière évaluation, environ 200 tonnes de fèves de cacao avaient été consommées par les éléphants, selon le responsable des Eaux et Forêts.
Il a également fait état de destructions de cultures vivrières et d’autres cultures ainsi que d’habitations.
Face à cette situation, le colonel Bamori Amadou a alerté sur le risque d’une réaction des populations.
« Aujourd’hui, les populations sont au bord de la révolte. Si rien n’est fait, on pourrait perdre les éléphants ou assister à des troubles au niveau de cette zone. Notre intervention est vraiment un cri de cœur », a-t-il déclaré.
Le responsable a par ailleurs évoqué la présence de singes dans la ville de Sassandra, qui, contrairement aux éléphants, ne constituent pas, pour l’heure, une menace pour les populations.
« Monsieur le ministre, à Sassandra, nous disposons de singes urbains qui ne sortent pas de la ville dans leur déplacement de branche en branche, mais qui s’abritent dans une forêt littorale », a-t-il expliqué, présentant cette présence comme un atout naturel et touristique pour la capitale de la région du Gboklê.
Des arbres centenaires abattus
Le directeur départemental des Eaux et Forêts a également signalé l’abattage de plusieurs arbres centenaires liés à l’histoire de la ville de Sassandra, lors d’activités de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE).
Selon lui, un procès-verbal a été établi sur instruction de l’inspecteur général des Eaux et Forêts, demandant à la compagnie de compenser la perte par le financement d’un programme de reboisement.
« Il a été demandé à la CIE de compenser cette perte par neuf millions de FCFA pour le reboisement », a-t-il précisé.
À la suite d’un argumentaire joint au procès-verbal, la CIE a finalement versé 19 millions de FCFA, selon le responsable.
La direction départementale des Eaux et Forêts prévoit d’utiliser cette contribution pour réaliser huit hectares de reboisement linéaire dans la ville, en compensation des arbres disparus.
Assahoré appelle à préserver les habitats naturels
Réagissant à la présence des éléphants, le ministre Jacques Assahoré Konan a appelé les populations à préserver les habitats naturels de ces animaux.
« Quand on détruit l’habitat des éléphants, où voulons-nous qu’ils aillent ? Ces éléphants ne sont pas semblables à des poulets conservables dans des cages », a-t-il déclaré, estimant que leur présence est liée à la réduction de leur espace de vie.
Le ministre a également instruit les agents des Eaux et Forêts de renforcer la surveillance des forêts classées et de lutter contre leur occupation illégale.
« Pendant la crise que notre pays a connue, la surveillance a été relâchée un peu partout. Cependant, aujourd’hui, il n’y a aucune raison de laisser des individus infiltrer les forêts classées et y créer des plantations. Force doit rester à la loi », a-t-il affirmé.
Il a demandé aux agents de recourir à la police forestière et à la brigade spéciale pour les opérations nécessitant des interventions sur le terrain.
(AIP)
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