Guiglo, 14 juin 2025 (AIP) – Les chefs coutumiers des régions du Cavally et du Guémon (Ouest de la Côte d’Ivoire), réunis le jeudi 12 juin 2025 à la Maison des chefs à Guiglo, ont récusé l’existence d’un « chef suprême » au sein de la chefferie traditionnelle Wê, dénonçant une « forfaiture » orchestrée par un ressortissant du Cavally.
Dans une déclaration commune, ils ont rejeté le titre de « chef suprême des chefs coutumiers Wê » revendiqué par Dr Joseph Guy Monsio, estimant qu’il s’agit d’une innovation contraire aux us et coutumes de leur communauté.
Le président de la coordination des chefs de village du département de Guiglo, Luc Yadé Poho, par ailleurs chef du village de Goya 1, a exprimé l’incompréhension générale face à cette initiative. « Il n’a jamais existé un tel titre dans notre tradition. En pays Wê, on connaît seulement les chefs de village, de tribu, de canton, de province et de quartier. C’est tout », a-t-il affirmé.
« Nous, chefs coutumiers, trouvons malsain que celui qui vous représente à Abidjan comme chef de la diaspora vienne installer un chef dans nos deux régions. Nos élus et nous sommes allés à Abidjan pour dire à celui qui se fait appeler chef suprême des Wê de surseoir à cette histoire. Mais jusque-là, ça continue », a déploré M. Yadé, s’adressant à l’opinion nationale et aux autorités compétentes.
Il a insisté sur le fait que ni les chefs coutumiers du Cavally ni ceux du Guémon ne se reconnaissent dans cette initiative et qu’ils n’entendent pas se voir imposer une autorité en dehors de leur cadre traditionnel.
Luc Yadé a reçu le soutien de Patrice Goué, chef du village de Zibiao et président intérimaire de la section Guémon de la Chambre des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, venu réaffirmer la solidarité de ses pairs.
Interrogé vendredi par l’AIP, le principal mis en cause, Dr Joseph Guy Monsio, a indiqué avoir été désigné chef suprême du peuple Wê (appelé en langue locale Dibloahi), le 27 mars à Abidjan. Selon lui, cette désignation a été entérinée lors d’une assemblée générale puis d’un conclave réunissant des chefs de canton des deux régions, au cours duquel une charte structurelle et fonctionnelle de la chefferie Wê aurait également été adoptée.
Face aux critiques, Dr Monsio a affirmé qu’il ne s’agirait pas d’une première. « Avant moi, il y a eu un chef suprême Wê, en la personne de Blanchard Doh, Médiateur délégué du Guémon, qui a occupé cette fonction pendant près de trois ans. J’étais son coordonnateur général », a-t-il soutenu, précisant que ce dernier aurait été destitué en novembre 2023 pour avoir tenté de créer un royaume.
La polémique autour de ce titre inédit révèle des divergences profondes au sein de la communauté Wê, autour de l’interprétation et de l’évolution de ses traditions.
(AIP)
ja/cmas

