Abidjan, 13 août 2025 (AIP)-L’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire représente un moment crucial pour l’avenir démocratique du pays. Dans ce contexte politique dynamique, le parrainage citoyen s’impose comme une condition essentielle de recevabilité des candidatures, jouant un rôle déterminant dans la configuration du paysage électoral. Introduit dans le code électoral ivoirien, ce mécanisme vise à réguler l’accès à la magistrature suprême.
Caractérisation
Le parrainage électoral est défini comme une caution ou un soutien accordé par des élus ou des citoyens à une personne, lui permettant de se présenter à une élection. Cette caution est matérialisée par une signature attestant du soutien de l’électeur au candidat. Il est impératif de souligner que ce dispositif ne concerne exclusivement que l’élection du Président de la République. Le parrainage des électeurs constitue ainsi un élément particulier et indispensable pour la recevabilité d’une candidature à la présidence.
Objectif du législateur
L’institution du parrainage citoyen par le législateur ivoirien poursuit plusieurs objectifs stratégiques visant à renforcer la crédibilité et la représentativité du processus électoral. Premièrement, il vise à limiter les candidatures jugées fantaisistes, celles qui n’auraient pas une base de soutien populaire suffisante. Deuxièmement, le dispositif a pour ambition d’autoriser la participation à l’élection présidentielle uniquement aux candidats disposant d’une implantation ou d’une assise nationale avérée, garantissant ainsi que seuls les acteurs politiques ayant un ancrage réel sur le territoire puissent concourir. Enfin, et c’est un objectif fondamental, le parrainage a vocation à consolider la démocratie représentative en s’assurant que les candidats bénéficient d’une légitimité populaire initiale.
Cadre légal
Le parrainage citoyen est un pilier fondamental du processus électoral présidentiel ivoirien, encadré par des dispositions légales précises.
Il a été introduit dans le Code électoral ivoirien en 2020 suite à une ordonnance prise en Conseil des ministres le 08 avril 2020. Raison évoquée par le gouvernement pour la prise de l’ordonnance, la situation exceptionnelle liée à la pandémie du COVID-19 et des mesures contraignantes nécessitées par l’impératif de riposte nationale qui rendent difficile la tenue des réunions parlementaires.
Mode opératoire
Pour qu’une candidature soit recevable, le candidat doit recueillir un soutien significatif de l’électorat. La condition d’éligibilité liée au parrainage est remplie lorsque le candidat obtient au moins 1% de l’électorat local. Cette exigence ne se limite pas à un seuil global, mais inclut également une dimension géographique cruciale : ce 1% doit être collecté dans au moins 50% des régions et/ou districts autonomes d’Abidjan et/ou de Yamoussoukro. Concrètement, cela signifie que le candidat doit obtenir ce pourcentage dans un minimum de 17 régions et/ou districts autonomes du pays.
Processus de collecte et de vérification des parrainages
Le décret N° 2025-494 du 18 juin 2025 fixe les règles pour la collecte des signatures de parrainage des candidats à l’élection présidentielle d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire.Le processus de parrainage est rigoureusement encadré par la Commission électorale indépendante (CEI) et s’appuie sur la liste électorale définitive de 2025.
Le dossier de parrainage requis des candidats est exhaustif, incluant des statistiques de parrainage par région et district, un formulaire d’engagement sur l’honneur, un formulaire de nomination des collecteurs, le décret fixant les modalités du mode opératoire de la collecte, et un guide détaillé du parrainage. La CEI met également à disposition des outils numériques, tels que des feuilles Excel et des registres de collecte, pour faciliter la consolidation des parrainages au niveau central et régional.
La vérification de ces parrainages est une étape critique, confiée au Conseil Constitutionnel, qui est appuyé par un Comité technique d’appui (CTA). Le rôle du CTA est d’identifier les électeurs ayant accordé leur parrainage sur la liste électorale et de s’assurer qu’ils sont bien inscrits dans la région ou le district concerné. Les résultats de cette vérification sont ensuite transmis au Président du Conseil Constitutionnel pour validation.Il est important de noter que le code électoral prévoit des sanctions sévères pour toute infraction, notamment pour les électeurs qui parrainent plusieurs candidatures (peine d’emprisonnement et amende) ou pour la collecte de parrainages dans des zones interdites comme les cantonnements militaires ou les établissements de santé.
Sanctions prévues en cas de fraude lors du parrainage
À l’approche de l’élection présidentielle ivoirienne de 2025, la Commission électorale indépendante (CEI) rappelle avec fermeté les sanctions encourues en cas d’irrégularités liées au parrainage citoyen, une étape clé du processus électoral.
Pour les candidats ou leurs collecteurs, toute utilisation illégale des zones interdites , notamment les camps militaires ou les établissements de santé , ainsi que toute tentative de fraude seront sévèrement punies. Les contrevenants s’exposent à une peine de 6 à 12 mois de prison ferme accompagnée d’une amende pouvant atteindre 5 millions de FCFA. Par ailleurs, l’organisation ou la planification de fraudes électorales entraînera des sanctions allant de 1 mois à 1 an d’emprisonnement, assorties d’une amende comprise entre 100 000 et 1 million de FCFA.
Du côté des citoyens appelés à parrainer un candidat, la CEI met en garde contre le parrainage multiple, strictement interdit. Tout électeur surpris à soutenir plusieurs candidatures risque jusqu’à 1 an de prison et une amende allant de 100 000 à 1 million de FCFA.
La CEI insiste sur la rigueur et la transparence du processus de parrainage, soulignant que ces mesures visent à garantir l’équité et la légitimité de l’élection présidentielle.
Le parrainage citoyen en Côte d’Ivoire, tel qu’il se présente pour l’élection présidentielle de 2025, incarne une tentative de rationaliser le processus de candidature et de renforcer la démocratie représentative en exigeant une assise nationale pour les aspirants à la magistrature suprême. L’élection de 2025 sera une nouvelle occasion de démontrer la capacité de la Côte d’Ivoire à affiner ses outils démocratiques pour garantir un processus électoral juste, crédible et largement accepté.
(AIP)
L’équipe Fact-checking
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