Man, 19 août 2025 (AIP)-Dans plusieurs quartiers de Mahapleu, sous-préfecture du département de Danané, les habitants font face à une situation de raccordement électrique non encadré, exposant la population à des risques liés à la présence de câbles au sol, en l’absence d’infrastructures adéquates.
Des rues traversées par des câbles électriques posés à même le sol ou suspendus sur des perches de fortune traversant les ruelles jusqu’aux habitations : tel est le décor observé dans plusieurs quartiers de Mahapleu. Le réseau électrique, défaillant, ne couvre qu’une minorité de zones habitées, contraignant les populations à se raccorder elles-mêmes à des compteurs éloignés de plusieurs centaines de mètres.
Rencontré dans le quartier Soleil, en pleine manœuvre de raccordement de fils électriques, Doukouré Mamadi, électricien, reconnaît les dangers de ces installations mais évoque un manque d’alternative.

« Ce problème de courant à Mahapleu ici, nous, on ne comprend plus rien (…) Mahapleu est très grand mais l’accès à l’électricité dans nos ménages pose véritablement problème », déplore-t-il.
Selon M. Doukouré, certains foyers sont raccordés à une distance allant jusqu’à 450 mètres, sans poteaux électriques ni lignes aériennes sécurisées.
« Et il nous a été demandé de mettre les fils de courant dans la terre. Mais avec le temps et la pluie, il y a fréquemment des masses. (…) Nous sommes obligés de déterrer les files. Quand on fait passer aussi en hauteur, les gens du quartier nous l’interdisent », affirme-t-il.
Les branchements se font à la demande des ménages, explique-t-il, car ‘’les quartiers ne sont pas desservis en poteaux électriques et donc il faut tirer le courant sur de longues distances’’.
Il précise également que les câbles visibles ne représentent qu’une partie du problème. « Ce que vous voyez sur le sol, ce ne sont que les personnes qui ont déterré leurs fils, sinon il y en a encore qui sont enfouis en terre », relève-t-il.

Du côté de la jeunesse locale, l’inquiétude est palpable. Le vice-président de la jeunesse de Mahapleu, Sangaré Mamadou, déplore un manque de développement des installations électriques malgré la croissance démographique de la localité. « Depuis 1980 l’électricité est arrivée à Mahapleu et jusqu’à ce jour c’est le même dispositif, pas d’autres installations. (…) Mahapleu a grandi trois à quatre fois plus que l’ancien village. Nous sommes presque une commune et nous n’avons pas d’électricité », précise ce leader de jeunesse.
M. Sangaré fait état d’un déséquilibre dans la répartition du courant. « Il y a 21 quartiers à Mahapleu et il n’y a seulement que quatre qui ont le minimum de courant. Les autres quartiers font comment ? », a-t-il interrogé.
Il a alerté au vu de la situation sur les dangers pour les plus jeunes. « Ces fils de courant qui jonchent le sol, c’est un danger pour nos enfants qui courent un peu partout », s’est-il inquiété.

Interrogé sur l’absence de réponse des autorités, le vice-président des jeunes de Mahapleu dénonce une confusion persistante autour d’un conflit de chefferie, souvent évoqué pour justifier l’inaction. « Chaque fois qu’on adresse le problème aux autorités, on nous dit que c’est une question de chefferie. (…) Mais c’est l’État qui donne le courant à une communauté, ce n’est nullement la chefferie », relève M. Sangaré.
Par ailleurs, des poteaux électriques, supposément destinés à l’extension du réseau à Mahapleu et entreposés dans le village, sont redirigés vers d’autres localités, suscitant incompréhension et frustration. « Les habitants se plaignent des poteaux déposés dans le village qui sont remorqués ailleurs alors qu’ils étaient, selon les informations, destinés à renforcer le réseau existant », a-t-il indiqué.
Mahapleu, avec une population de 66 898 habitants selon le RGPH 2021, demeure confrontée à une précarité électrique persistante. Les populations locales en appellent à l’intervention des autorités étatiques et des cadres de la région pour que des solutions structurelles soient apportées à une situation jugée préoccupante.
(AIP)
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