Par Ouattara Banafani Brahima Correspondant AIP Lakota
Niambézaria (Lakota), 12 mars 2026 (AIP) – Alors que le monde célébrait, dimanche 8 mars 2026, la Journée internationale des droits de la femme, les habitantes du village de Gnahouahué ont élevé leurs voix pour rappeler que l’égalité et la dignité restent des promesses encore lointaines. Dans cette localité de 4013 habitants, située à une trentaine de kilomètres de Lakota, les femmes réclamaient des routes praticables, un centre de santé et des moyens agricoles pour alléger leur quotidien marqué par la distance, la fatigue et l’isolement.
L’isolement causé par des routes impraticables
La route reliant Gnahouahué aux villages voisins et aux centres urbains reste l’un des principaux obstacles pour ces femmes. Pendant la saison des pluies, l’infrastructure devient presque impraticable, compliquant les déplacements et l’accès aux services essentiels.
« Nous devons marcher plusieurs kilomètres pour rejoindre les villages voisins afin d’avoir accès aux soins de santé », a confié Mme Affi, décrivant les longues distances parcourues avec leurs enfants malades ou leurs récoltes sur la tête.
Cette situation complique également l’écoulement des produits agricoles. « Tout se fait à la sueur du front », a résumé, de son côté, Kouamé Adjoua, soulignant le manque de tricycles ou d’autres moyens de transport pour acheminer les récoltes vers les marchés.
L’accès aux soins, un droit encore fragile
L’absence de centre de santé public dans le village contraint les habitantes à se rendre dans des localités voisines ou à recourir à des cliniques privées, souvent coûteuses.
« Nous parvenons à effectuer nos consultations prénatales dans les villages voisins, mais nous avons besoin d’un dispensaire et d’une maternité ici », a expliqué Zongo Fatoumata.
Certaines femmes reconnaissent toutefois que le centre de santé rural de Krikpoko 1 apporte un soulagement partiel. Mais elles insistent sur l’importance d’une structure sanitaire dans leur propre village pour garantir un accès rapide aux soins et réduire les risques liés aux déplacements.
Le village dispose d’un seul forage et d’une pompe à motricité humaine pour l’alimentation en eau potable, des infrastructures jugées insuffisantes. Les femmes doivent s’organiser quotidiennement pour puiser, transporter et rationner cette ressource vitale, accentuant la lourdeur de leur quotidien et la précarité des familles.
Une agriculture féminine confrontée aux limites techniques
L’agriculture constitue la principale activité économique des femmes de Gnahouahué, qui cultivent le manioc, le maïs, l’aubergine, les haricots, le gombo et le piment. Toutefois, le manque d’équipements de transformation freine leur productivité. « Nous n’avons pas de broyeuse pour le manioc ni de décortiqueuse pour le riz. Tout se fait à la main », a déploré Piétoklo Clarisse.
La responsable des femmes allogènes, Sabo Bintou, a également souligné les difficultés d’accès aux engrais, limitant les rendements agricoles malgré le savoir-faire des habitantes.
Pour pallier ces difficultés, les femmes de Gnahouahué ont mis en place des systèmes d’entraide. Les tontines, organisées chaque dimanche, permettent à une trentaine de femmes de cotiser chacune 1000 FCFA pour soutenir à tour de rôle l’une d’entre elles. « C’est un moyen pour nous de nous entraider et de faire face aux dépenses urgentes », a expliqué Camara Djénéba, illustrant la force de la solidarité féminine face à la pauvreté et aux contraintes quotidiennes.
La foi comme refuge et espoir
Au-delà de leurs activités économiques et communautaires, la foi occupe une place centrale dans la vie des femmes. Chaque dimanche, elles se retrouvent à l’église catholique du village, où les chants et les prières deviennent un espace de réconfort et d’espérance.
À Gnahouahué, les femmes sont à la fois les piliers de la vie sociale et économique et les voix qui rappellent que l’autonomisation des femmes rurales reste une promesse à concrétiser. Routes praticables, centre de santé, eau potable et équipements agricoles figurent parmi les besoins prioritaires pour transformer leur courage en force reconnue et soutenue.
(AIP)
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