Abidjan, 30 avr 2026 (AIP) – Les établissements sanitaires à base communautaire (ESCOM) de Côte d’Ivoire tirent la sonnette d’alarme face à des arriérés de paiement estimés à environ quatre milliards de Francs CFA, compromettant leur fonctionnement et la continuité des soins offerts aux populations dans le cadre de la gratuité ciblée et de la Couverture maladie universelle (CMU).
Lors d’une conférence de presse animée, jeudi 30 avril 2026 à la Formation sanitaire urbaine à base communautaire (FSU-COM) de Yopougon, le président de la Confédération nationale des établissements sanitaires à base communautaire, Ouattara Clément, a exposé les difficultés structurelles auxquelles ces structures font face malgré leur rôle central dans l’offre de soins de proximité.
Selon lui, les ESCOM assurent près de 80% des prestations sanitaires de premier niveau dans le Grand Abidjan, notamment pour les femmes enceintes, les enfants de zéro à cinq ans et les personnes atteintes de pathologies comme le VIH ou la tuberculose, prises en charge dans le cadre de la gratuité ciblée instaurée par l’État depuis 2011 et réaménagée en 2012.
Cependant, ces prestations, censées être compensées par l’État au titre du manque à gagner, accusent des retards chroniques de paiement. « Depuis 2011 jusqu’à fin décembre 2025, nous cumulons environ quatre milliards de Francs CFA d’arriérés impayés, sans compter l’exercice 2025 en cours de consolidation », a déclaré Ouattara Clément.
Le modèle économique des ESCOM, structures privées à but non lucratif gérées par les communautés, repose essentiellement sur le recouvrement des prestations. Contrairement aux établissements publics, ils ne bénéficient pas d’un budget de fonctionnement direct de l’État, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux retards de remboursement.
Ces impayés impactent directement la capacité des établissements à honorer leurs engagements, notamment le paiement des salaires, des cotisations sociales à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), des fournisseurs et la maintenance des équipements. « Il nous arrive de rester six à sept mois sans aucun remboursement, alors que la gratuité ciblée représente jusqu’à 80% de nos activités », a déploré M. Ouattara.
Bien que des avances mensuelles soient parfois accordées pour couvrir partiellement la masse salariale, elles restent insuffisantes pour absorber l’ensemble des charges. Ouattara Clément a précisé que la situation s’est aggravée ces trois dernières années, marquée par l’absence de paiements destinés aux fournisseurs, accentuant la pression financière sur les structures.
Les responsables des ESCOM alertent également sur les conséquences potentielles pour les populations, notamment la dégradation de la qualité des soins, liée à l’usure accélérée des équipements et au manque de moyens pour renouveler les intrants médicaux.
Tout en saluant les efforts de l’État dans le déploiement de la CMU, qui compte aujourd’hui plus de 22 millions d’enrôlés, les acteurs du secteur appellent à une régularisation urgente des arriérés afin de garantir la pérennité du système. « La CMU repose en grande partie sur nos structures. Sans ressources suffisantes, il sera difficile de maintenir ce niveau de prise en charge », a averti le président de la Confédération.
(AIP)
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