Abidjan, 08 juin 2026 (AIP) – Deux travaux de recherche doctorale présentés au pôle scientifique de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Bingerville mettent en lumière des solutions écologiques innovantes pour la gestion durable des déchets avicoles, à travers leur transformation en biofertilisants et en engrais organiques sûrs, au bénéfice de l’environnement et de l’agriculture.
Les impétrants Ainyakou Aïza Monique et Kipré Christ Romuald ont soutenu, vendredi 5 juin 2026, des thèses de doctorat portant sur la valorisation scientifique des déchets issus des abattoirs de volailles et des élevages avicoles du district d’Abidjan. Leurs travaux s’inscrivent dans une dynamique de recherche appliquée visant à concilier sécurité sanitaire, protection de l’environnement et productivité agricole.
Du déchet au biofertilisant
La thèse de la doctorante Ainyakou Aïza Monique, intitulée « Contribution à la valorisation des déchets issus des abattoirs de volailles du district d’Abidjan : sélection de souches de bactéries lactiques et de Bacillus à forte capacité de production de kératinases et de substances antimicrobiennes pour la production de fertilisants organiques de haute qualité agronomique », propose une approche innovante de transformation des déchets en biofertilisants.
Ses travaux mettent en évidence un enjeu sanitaire majeur. En effet, les déchets issus des abattoirs de volailles, souvent rejetés dans l’environnement sans traitement, constituent un foyer potentiel de micro-organismes pathogènes et de bactéries multirésistantes. Ces contaminants peuvent se diffuser dans les sols, les eaux et la chaîne alimentaire, représentant ainsi un risque important pour la santé publique.
Face à cette problématique, la chercheuse a développé un procédé biologique fondé sur l’utilisation de micro-organismes bénéfiques capables de dégrader la kératine contenue dans les plumes de volailles tout en éliminant les agents pathogènes. Les résultats obtenus ont montré une dégradation rapide et efficace de la kératine, confirmant la faisabilité d’une valorisation écologique de ces déchets en un fertilisant agricole utilisable.
Des déchets avicoles pour un engrais écologique
Dans le même esprit, la thèse du doctorant Kipré Christ Romuald, intitulée « Sélection de souches d’actinomycètes potentiels starters pour la production d’un engrais organique performant et sain à partir de fumier de volaille », s’inscrit dans une logique similaire de sécurisation et de valorisation des déchets avicoles.
Ses travaux ont permis de caractériser microbiologiquement et physico-chimiquement le fumier de volaille collecté dans le district d’Abidjan. Les analyses ont révélé une forte richesse en nutriments essentiels, notamment l’azote, le phosphore et le potassium, mais également une contamination préoccupante par des résidus d’antibiotiques et des bactéries pathogènes telles que Escherichia coli, Staphylococcus aureus et Salmonella spp..
Pour répondre à ces enjeux, le chercheur a isolé et sélectionné plusieurs souches d’actinobactéries aux capacités enzymatiques remarquables. Ces micro-organismes ont démontré leur aptitude à dégrader divers substrats organiques complexes et à réduire significativement la charge pathogène et les résidus d’antibiotiques, favorisant ainsi la production d’un compost stable, sain et riche en éléments nutritifs.
Les essais agronomiques réalisés sur la culture de laitue (Lactuca sativa L.) ont confirmé l’efficacité de ces composts microbiens, avec une amélioration notable de la croissance, de la biomasse et du développement foliaire des plants, comparativement aux fertilisants conventionnels.

Une vulgarisation à grande échelle
Au-delà de leurs résultats respectifs, ces deux travaux convergent vers une même finalité : transformer un problème environnemental majeur en une opportunité de développement durable. Ils démontrent que les déchets avicoles, longtemps considérés comme une source de pollution, peuvent devenir une ressource agricole stratégique lorsqu’ils sont correctement traités par des procédés biologiques innovants.
Ces recherches ouvrent ainsi des perspectives concrètes de valorisation industrielle et agricole, tout en contribuant à la réduction des risques sanitaires liés à la mauvaise gestion des déchets avicoles, notamment dans les zones urbaines et périurbaines d’Abidjan.
Les deux thèses ont été dirigées par le professeur Goualié Bernadette, qui a salué le travail remarquable accompli par les deux doctorants au cours de quatre années de recherche et de persévérance. Elle a également exprimé sa reconnaissance au Fonds pour la science, la technologie et l’innovation (FONSTI) pour son appui déterminant, lequel a contribué à la réalisation de ces travaux.
Le président du jury, le professeur Ahonzo-Niamké Sébastien, directeur de l’École doctorale Biologie, Environnement et Santé de l’Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, a félicité les impétrants pour la pertinence des thématiques choisies ainsi que pour la qualité scientifique de leurs recherches.
Il a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de prendre en compte les observations et corrections formulées par le jury afin d’améliorer davantage les manuscrits. Selon lui, cette démarche permettra de mettre à la disposition des étudiants et des chercheurs des travaux de référence, riches en enseignements et utiles à l’avancement de la recherche scientifique.
Le président du jury a estimé qu’il serait souhaitable que ces travaux débouchent sur l’obtention d’un brevet, afin de valoriser pleinement les résultats de cette thèse.
Des professeurs, connectés en ligne depuis plusieurs pays, ont vivement salué la qualité de ces travaux, soulignant à la fois leur portée innovante et leur fort impact social.
(AIP)
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