Par Soro Adama, correspondant de presse AIP à Bongouanou
Bongouanou, 3 nov 2026 (AIP) – Dans des salles de classe en bambou et un poste de santé à la toiture percée, une poignée de bénévoles s’emploient à assurer l’éducation des enfants et les premiers soins aux populations d’Essékro, une localité rurale du département de M’Batto, confrontée à un déficit d’infrastructures scolaires et sanitaires.
Située à environ 25 km de M’Batto, à la lisière de Rubino, cette localité qui compte entre 2 000 et 3 000 habitants dépend largement de l’engagement de ces volontaires pour répondre à des besoins sociaux essentiels. Leur action permet notamment aux enfants d’être scolarisés sur place et aux habitants de bénéficier de soins de proximité, malgré des conditions de travail particulièrement précaires.
Des salles de classe en bambou pour une cinquantaine d’élèves
Les enfants d’Essékro et de plusieurs campements agricoles environnants n’ont plus besoin de parcourir les sept à huit kilomètres qui les séparent de l’école primaire de Tiékou Carrefour pour apprendre à lire et à écrire. Des jeunes diplômés de la localité ont pris l’initiative d’assurer bénévolement leur encadrement scolaire.
Dans des abris de fortune construits en bambou, le directeur de l’école, Traoré Abdoulaye, et ses collègues dispensent les cours à une cinquantaine d’élèves, du cours préparatoire première année (CP1) au cours élémentaire deuxième année (CE2).
« À notre arrivée ici, il n’y avait ni instituteur ni agent de santé. La population souffre beaucoup de cet isolement. Nous avons donc décidé de nous porter volontaires pour instruire et éduquer nos jeunes frères sur place », explique Traoré Abdoulaye, lui-même enseignant volontaire.
Mais leur engagement se heurte à un manque criant de moyens. Les enseignants ne disposent ni de manuels scolaires ni de kits pédagogiques en quantité suffisante. Ils ne bénéficient pas non plus de moyens de déplacement pour faciliter leurs activités.
Pour poursuivre leur mission dans de meilleures conditions, ils souhaitent disposer de salles de classe construites en matériaux durables, ainsi que d’un accompagnement matériel, financier et moral.
Un poste de santé confronté au manque d’équipements
À quelques pas des salles de classe, les difficultés se prolongent dans le domaine sanitaire. Le poste de santé communautaire, animé par Ahi Bosson et deux autres agents, fonctionne dans un local exigu dont la toiture fortement dégradée laisse pénétrer les eaux de pluie.
À chaque intempérie, les agents sont contraints de disposer des récipients au sol pour recueillir l’eau qui s’infiltre, avant de nettoyer les lieux afin de pouvoir accueillir les patients.
À l’intérieur, l’absence d’un véritable lit d’examen à hauteur adaptée complique les consultations et l’administration des soins. Les équipements et produits de première nécessité font également défaut, notamment les gants, les seringues, le paracétamol et les tests de diagnostic rapide du paludisme.
Ces insuffisances limitent les capacités de prise en charge des malades et rendent particulièrement difficiles les interventions nécessitant une évacuation vers une structure sanitaire mieux équipée.
Des évacuations sanitaires à moto sur des pistes dégradées
À ces difficultés s’ajoute l’enclavement de la localité. Les pistes, difficilement praticables, compliquent les déplacements des malades vers l’hôpital général, notamment en cas d’urgence.
Ahi Bosson évoque une récente évacuation qui illustre les risques auxquels sont confrontés les agents communautaires.
« Pas plus tard qu’hier, j’ai dû évacuer d’urgence une femme en travail à moto jusqu’à l’hôpital général. Dans ces conditions, c’est extrêmement difficile et risqué. Dieu merci, elle a donné naissance à des jumeaux et tout s’est bien passé », raconte-t-il.
Pour cet agent communautaire, l’amélioration des équipements et des conditions de fonctionnement du poste de santé permettrait de mieux répondre aux besoins des populations. Il espère notamment que la récente visite d’une délégation parlementaire contribuera à faire avancer les démarches en faveur de la localité.
L’eau potable et les routes, autres préoccupations des populations
Au-delà de l’éducation et de la santé, les habitants d’Essékro attendent également des réponses à leurs besoins en eau potable et en infrastructures routières.
Le chef de terre, Nanan Essé Joachim, qui relaie les préoccupations des 545 chefs de ménage recensés dans les anciens campements et des nouvelles familles installées dans la zone, considère le désenclavement comme une condition essentielle à l’amélioration des conditions de vie.
« Certaines voies sont tellement dégradées qu’il est difficile, voire impossible, de les emprunter en voiture, ce qui complique l’évacuation des malades et l’acheminement des produits agricoles. Nous avons également besoin d’un forage pour avoir accès à l’eau potable, indispensable à la santé de tous », souligne-t-il.
La zone regroupe les campements d’Essékro 1 et d’Essékro 2, ainsi que plus de 500 campements agricoles environnants. Les populations y attendent notamment la construction de salles de classe en matériaux durables, la réalisation d’un centre de santé et la réhabilitation des voies d’accès.
À Essékro, l’engagement des bénévoles permet ainsi de maintenir un minimum de services éducatifs et sanitaires, malgré la précarité des installations. Mais entre les classes de fortune, les équipements médicaux insuffisants et les pistes difficilement praticables, les besoins de cette localité rurale restent considérables.
(AIP)
Sa/kp

