Abidjan, 15 fév 2026 (AIP) – Les déficits persistants en matière de nutrition, d’apprentissage et de développement des compétences professionnelles pourraient amputer de 51 % les revenus futurs du travail des enfants nés aujourd’hui dans les pays à revenu faible et intermédiaire, selon un nouveau rapport publié par la Banque mondiale.
Intitulé « Building Human Capital Where It Matters: Homes, Neighborhoods and Workplaces », le document révèle qu’entre 2010 et 2025, 86 des 129 pays à revenu faible et intermédiaire ont enregistré une détérioration des indicateurs liés à la nutrition, aux apprentissages ou aux compétences de la main-d’œuvre, en dépit de la hausse globale des revenus et du recul de la pauvreté observés au cours des quinze dernières années.
Selon le rapport, les lacunes actuelles en capital humain se traduisent par un manque à gagner potentiel de 51 % sur les revenus futurs du travail. Cette situation constitue un frein majeur à la productivité et à la croissance économique durable.
Pour mieux mesurer cet impact, le Groupe de la Banque mondiale lance une version élargie de son indice de capital humain, dénommée ICH+, qui permet de suivre l’accumulation de capital humain de la naissance à l’âge de 65 ans et d’évaluer les pertes de revenus liées aux déficits en santé, en éducation et en compétences.
« La prospérité des pays à revenu faible et intermédiaire repose sur leur capacité à développer et à protéger leur capital humain », a souligné la vice-présidente Population du Groupe de la Banque mondiale, Mamta Murthi, relevant que de nombreux pays peinent à améliorer durablement la nutrition, les apprentissages et les compétences de leur population active.
Le rapport met en évidence l’importance de trois environnements clés dans la formation du capital humain.
Au sein du foyer, les inégalités apparaissent dès la petite enfance. Les déficits de compétences se manifestent avant l’âge de cinq ans et tendent à persister tout au long de la scolarité. Le manque d’attention et de soins appropriés compromet les performances scolaires et accroît les risques psychosociaux.
Le quartier constitue également un facteur déterminant. Les données indiquent que les enfants ayant grandi dans des quartiers favorisés peuvent gagner, à l’âge adulte, jusqu’à deux fois plus que ceux issus de quartiers défavorisés, même lorsque leurs parents disposent d’un niveau de revenu et d’instruction comparable. L’accès aux infrastructures, aux établissements scolaires et sanitaires, ainsi que l’exposition à la pollution ou à l’insécurité influencent directement les trajectoires individuelles.
Enfin, le lieu de travail joue un rôle central dans l’accumulation des compétences. Dans de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire, près de 70 % des travailleurs exercent dans la petite agriculture, l’auto-emploi précaire ou les microentreprises, des secteurs offrant peu d’opportunités de formation formelle. Par ailleurs, environ 50 % des femmes sont en dehors du marché du travail, tandis que 20 % des jeunes ne sont ni en études ni en emploi, limitant davantage l’acquisition de compétences.
Les données issues de l’ICH+ montrent que des pays aux niveaux de revenu similaires affichent des performances très différentes en matière de capital humain, suggérant que la disponibilité des ressources financières n’est pas l’unique facteur explicatif.
Le rapport souligne également un écart significatif entre les sexes, à travers l’indice calculé pour les femmes qui est inférieur de 20 points à celui des hommes, principalement en raison des disparités de participation au marché du travail et de qualité des emplois.
Pour inverser la tendance, la Banque mondiale recommande la mise en œuvre de programmes d’éducation parentale et préscolaire favorisant les apprentissages précoces, le ciblage des quartiers défavorisés à travers des politiques multisectorielles, ainsi que la réforme des marchés du travail afin d’étendre les dispositifs d’apprentissage, de formation sur le tas et les services de garde d’enfants.
« En permettant à un plus grand nombre d’individus d’acquérir des compétences tout au long de leur vie, les pays peuvent enclencher un cercle vertueux où l’augmentation de la productivité entraîne une hausse des salaires et renforce les investissements dans la génération suivante », a expliqué un économiste en chef pour la vice-présidence Population de la Banque mondiale, Norbert Schady.
Au regard des conclusions du rapport, l’investissement dans le capital humain apparaît comme un impératif stratégique pour garantir la compétitivité des économies et améliorer durablement les conditions de vie des populations.
(AIP)
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