Abidjan, 19 mars 2026 (AIP)- Comptable de profession, responsable administrative dans une entreprise de la localité et chef d’entreprise, secrétaire générale de la Croix-rouge Jacqueville, Diallo Ferima Ange Carine epse Bindé, se confie à l’AIP à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme (JIF).
S’inspirant de son parcours, elle exhorte les femmes de sa localité à ne pas baisser les bras devant les obstacles mais à les braver pour parvenir à leur autonomisation.
Parlez-nous de votre parcours ?
Un parcours classique, sollège, secondaire, supérieur. Je suis titulaire d’un Brevet de technicien supérieur (BTS) en finance comptabilité, après des stages, j’ai été embauchée dans cette entreprise comme responsable administrative. A côté de ça, avant de commencer à travailler ici, j’avais développé une petite structure, un établissement de traitement de texte, photocopie avec lequel je me débrouillais bien avant d’être là où je suis aujourd’hui.
Quand j’ai commencé à travailler ici, j’ai décidé de ne pas laisser mon petit “sauveur” de mes” jours sans”. Je l’ai confié à quelqu’un et je continuais d’avoir un regard sur les entrées et sorties d’argent. C’est après que j’ai eu l’idée de transformer cette petite structure en une entreprise formellement constituée en sorte qu’aujourd’hui, en plus d’occuper le poste responsable administrative dans une entreprise de la place, je suis également chef d’entreprise les “Ateliers Fee’ri” et vice-présidente de la Croix-rouge Jacqueville.
Pour quelqu’un qui a étudié la comptabilité, comment en être vous arrivée à mettre sur pied une entreprise d’infographie au lieu d’un cabinet comptable ?
N’ayant jamais étudié l’infographie et en voulant grandir dans ce que je faisais au sein de mon entreprise, je me suis servie d’internet pour me perfectionner dans ce domaine qui me passionnait, afin de devenir infographiste. Mais aussi je voulais diversifier les activités dans cet établissement légalement constitué qui doit payer formellement les impôts en lieu et place des taxes de la mairie qu’on payait avant. Depuis trois années maintenant, le petit magasin qui comportait une table, une chaise, une imprimante et un onduler, offerts par mes parents est une imprimerie de référence à Jacqueville.
Qu’est ce que vous pouvez dire aux autres femmes et jeunes filles sans emplois et qui sont obligées de s’adonner à des pratiques peu recommandables pour couvrir leurs besoins ?
Aujourd’hui, les femmes doivent comprendre que chaque être humain a un don, un talent, quelque chose qu’il sait faire naturellement et tout le monde doit pouvoir exploiter son talent. Il faut prendre conscience de ce qu’on sait faire déjà et à partir de là, chercher à se perfectionner, ne pas baisser les bras devant les obstacles qui se dressent, parce qu’il y en aura.
Racontez-nous un peu les difficultés que vous avez rencontrées dans votre parcours ?
Dans mon cas, j’ai passé cinq fois le BTS avant de l’obtenir alors que j’étais brillante à l’école. J’avais de très bonnes notes, des prix d’excellence de meilleure élève mais lorsque arrivaient les résultats des examens finaux, mon nom ne figurait nulle part sur la liste des admis.
Deux fois en candidature officielle, la troisième fois je suis tombée enceinte, les parents étaient déçus de moi. Cela fait qu’on pouvait se dire que c’est fini pour moi. Mais le plus important c’est de savoir se reprendre en main. Après mon accouchement j’accepte de revenir à Jacqueville, je ne partais plus à l’école mais j’avais mes cours qui ne me quittaient pas parce que malgré tous ces échecs, j’avais en moi la volonté de réussir. J’avais des proches pour qui le fait de revenir à Jacqueville, avec un enfant sous la main, sans mari, sans diplôme, était un échec total.
Alors d’où est parti le déclic ?
J’ai su me relever petit à petit, surtout quand pour la cinquième fois et en candidature libre, j’ai obtenu le BTS en comptabilité et que j’ai commencé à faire des stages, j’ai rencontré mon actuel patron qui était à l’époque le président de la jeunesse communale. Il recherchait un comptable et j’ai proposé mes services. Quelques temps après il voulait que sa structure devienne une SARL (Ndlr : Société anonyme à responsabilité limitée), je ne savais pas trop comment faire mais je me suis lancée.
Je suis allée à la justice pour prendre des renseignements, on m’a donné une liste de documents à fournir, j’ai pris suivi toutes les étapes et me suis investi comme s’il s’agissait de ma propre entreprise et là encore j’ai acquis une expérience en matière de création et de structuration des entreprises.
Que représente les 8 mars pour vous entant que femme ?
Le 8 mars est pour moi personnellement, une journée commémorative. En dépit de cela, nous devons nous souvenir que des femmes se sont battues pour qu’aujourd’hui, nous puissions avoir des acquis qu’il nous convient de préserver absolument. A côté de cela et en tant que femmes, nous devons continuer de marquer notre existence pour que demain, lorsque nous ne serons plus là, on puisse parler de nous avec dignité.
En tant que femme, il est nécessaire de s’arrêter, de faire le bilan. Je ne suis pas contre l’aspect festif de cette journée mais, au-delà de la célébration en grande pompe, il faut que cette journée nous donne le courage de continuer le combat. Celles qui nous ont précédées ont réalisé beaucoup de choses et nous devons à notre tour marquer notre génération à travers nos bonnes actions. Il faut que les femmes comprennent qu’acheter un beau pagne, le coudre et le porter n’est pas le simple sens de cette journée.
(AIP)
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