Man, 04 juin 2026 (AIP)-À une dizaine de kilomètres de Koua, dans le département de Facobly, plus de 1 300 habitants vivent entre difficultés d’accès à l’eau, déficit d’infrastructures scolaires, absence de centre de santé fonctionnel et enclavement routier.
La piste qui mène à Tiébly quitte progressivement l’agitation de l’axe principal Man-Séguéla pour s’enfoncer entre plantations et espaces boisés. À mesure que l’on avance, les passages de véhicules deviennent rares. Quelques motos apparaissent avant de disparaître du paysage.
Une demi-heure de route et voilà surgir le village. Des habitations en dur côtoient des maisons plus anciennes. Dans les cours familiales, des femmes pilent de la nourriture pendant que des enfants jouent à l’ombre des arbres. Des hommes prennent le chemin des plantations pour certains. Les chants d’oiseaux montent de la végétation qui entoure la localité.
Tiébly est un gros village de la sous-préfecture de Koua (LIEN CREE POUR VISIONNER AUTOMATIQUEMENT LE REPORTAGE VIDEO…A NE PAS DESACTIVER ). Autochtones Wê, allogènes et ressortissants de pays voisins y vivent ensemble. L’agriculture constitue la principale activité des populations.
Mais derrière cette vie quotidienne se cache une autre réalité. Ici, presque chaque conversation finit par évoquer une difficulté. La route est souvent la première.

L’enclavement, source de nombreuses difficultés
Assis sous un arbuste, le chef du village par intérim, Sio Motomon Dérick, regarde passer quelques motos qui empruntent la voie principale du village. Pour lui, l’état de la route conditionne une bonne partie des autres problèmes.
Selon ses explications, les véhicules de transport évitent désormais d’emprunter la piste qui relie Tiébly à Koua. Les déplacements se font principalement à moto, avec toutes les contraintes que cela implique pour les malades, les commerçants ou les producteurs agricoles. Le dernier passage d’engins pour le reprofilage de la route remonte à plusieurs années.
« Actuellement, nous sommes éloignés de la grande voie. À cause de l’état de la route, aucun véhicule ne rentre ici. C’est surtout avec les motos que nous nous déplaçons », explique-t-il.
Pour les habitants, le désenclavement apparaît comme une priorité. « Notre souhait le plus ardent aujourd’hui, c’est de faire appel aux autorités pour nous sortir de l’enclavement avec le reprofilage de cette route », ajoute-t-il.
En parcourant certaines parties du village, un autre problème apparaît. Des habitations récentes ont été construites dans des zones où le réseau électrique n’est jamais arrivé. Avec l’augmentation de la population, de nouveaux quartiers se sont développés mais les infrastructures n’ont pas suivi le même rythme. Lorsque la nuit tombe, plusieurs ménages restent ainsi privés d’éclairage.
Une école qui grandit sans infrastructures adaptées
Le constat est le même dans d’autres secteurs de la vie communautaire. À l’école primaire publique de Tiébly, les difficultés prennent une forme visible.
Derrière les bâtiments en dur, des paillotes servent de salles de classe. Sous l’une d’elles, des élèves suivent un cours de CM2. Assis sur des tables-bancs alignées sur un sol en terre battue, ils gardent les yeux rivés sur le tableau noir. Par endroits, la lumière traverse la toiture. À quelques mètres, une chèvre traverse la cour avant de disparaître derrière un bâtiment.

L’établissement accueille aujourd’hui plus d’élèves que ne peuvent contenir les infrastructures existantes. En poste dans cette école, Konan Yao Olivier enseigne dans l’une de ces classes de fortune. « Nous sommes dans un gros village. L’école a débuté avec deux bâtiments mais vu les effectifs qui augmentent, nous sommes confrontés à des difficultés telles que celles que vous voyez », explique-t-il.
Pour lui, ces conditions influencent l’apprentissage des enfants. Lorsque les pluies surviennent ou que les vents deviennent plus forts, les cours sont perturbés. À cela s’ajoutent d’autres difficultés liées à l’absence d’infrastructures complémentaires.
Les élèves ne disposent pas de latrines. Pour leurs besoins, ils rejoignent les broussailles situées derrière l’école.
La cantine scolaire fait également défaut alors qu’une partie des apprenants parcourt chaque jour plusieurs kilomètres depuis les campements environnants. « Il y a des élèves qui viennent des campements. Un élève qui quitte le campement pour venir à l’école et retourner encore à midi pour chercher de quoi manger, il y a problème », souligne l’enseignant.
L’école ne dispose pas non plus d’un point d’eau. Pendant les récréations ou après les activités sportives, certains élèves se rendent vers la rivière située à proximité pour se désaltérer. « Il n’existe pas de point d’eau et parfois les élèves sont obligés d’aller à la rivière pour boire », indique-t-il.

L’eau, le défi quotidien des populations
Cette question de l’eau revient d’ailleurs dans presque tous les échanges avec les habitants. Au cœur du village, un sentier descend vers un marigot qui longe la localité.
Des traces de pas marquent le passage répété des populations. Au bord de l’eau, plusieurs femmes remplissent des bassines. D’autres attendent leur tour. Le cours d’eau s’écoule lentement entre des rives couvertes de végétation. Des troncs d’arbres émergent à certains endroits de cette eau sombre. Plus loin, des pirogues sont immobilisées près des berges. Des oiseaux passent d’un arbre à l’autre pendant que des enfants se baignent non loin de femmes occupées à la lessive.
Le marigot est devenu l’un des principaux points de ravitaillement en eau du village. Une bassine sur la tête, Mme Péguy Paha s’apprête à remonter vers son domicile. Le trajet est connu. Comme beaucoup d’autres femmes du village, elle effectue quotidiennement plusieurs allers-retours entre le marigot et la maison. « Je suis venue prendre de l’eau à boire parce que nous avons un problème d’eau au niveau du village », explique-t-elle.
Les pompes villageoises ne suffisent plus à répondre aux besoins de la population et connaissent régulièrement des pannes. Dans plusieurs ménages, l’eau du marigot est utilisée pour la cuisine, la toilette, la lessive et parfois la consommation.
Autour du cours d’eau, les activités humaines se mêlent à celles des animaux qui viennent également s’y abreuver. « C’est avec cette eau que nous nous lavons, nous buvons, nous faisons tout avec cette eau », poursuit-elle. Le regard tourné vers le marigot, elle évoque les inquiétudes des habitants face aux conséquences de cette situation.
Pour elle, comme pour plusieurs autres riverains rencontrés sur place, l’installation d’un château d’eau représenterait une réponse durable à ce problème. « Nous demandons à nos autorités de nous aider en installant un château d’eau pour nous permettre de vivre », lance-t-elle.
Un centre de santé toujours inachevé

À quelques centaines de mètres du cours d’eau se dresse une autre illustration des attentes des populations. Derrière des herbes qui atteignent parfois la hauteur d’un homme apparaît un bâtiment inachevé. Les murs sont visibles. Autour de l’édifice, la végétation a progressivement repris possession des lieux. Selon les habitants, ce bâtiment devait abriter le centre de santé du village.
Le chantier peine à aller jusqu’à son terme. Depuis, les populations continuent de parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre la structure sanitaire la plus proche. Pour le chef du village, cette situation demeure difficile à comprendre dans une localité de cette importance démographique.
L’eau, la santé, l’éducation, l’électricité ou encore la route, partout, les besoins semblent se rejoindre.
Malgré les urgences, l’espoir demeure
Pourtant, face à ces multiples difficultés, les habitants poursuivent leurs activités. Les plantations continuent de nourrir l’économie locale. Les enfants rejoignent chaque matin l’école. Les femmes empruntent les chemins menant au marigot. Les hommes se rendent dans les champs.
Beaucoup disent compter sur les efforts conjugués des populations, des cadres et des autorités pour améliorer progressivement les conditions de vie dans la localité. « Je remercie le président de la mutuelle et l’honorable, notre sœur Awa Cissé, pour tous les efforts déjà faits. Je leur demande de continuer parce que les besoins sont encore énormes », affirme Gbéhi André.
Malgré les difficultés, la vie suit son cours à Tiébly. Mais derrière chaque scène du quotidien revient la même attente : celle de voir les infrastructures réclamées depuis des années accompagner enfin le développement d’un village qui continue de grandir.
(AIP)
Réalisé par Delphin EHUI Boa
Chef du bureau régional BR de Man,

