Abidjan, 29 juin 2026 (AIP) – Alors que nous achevons ce mois dédié à la célébration 2026 de la Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments sous le thème, « Du fardeau aux solutions : un accès universel à des aliments sûrs », l’Afrique est confrontée à un défi majeur, celui de transformer les nombreuses initiatives locales qui améliorent la sécurité des aliments en solutions reproductibles à l’échelle continentale.
Si plusieurs expériences ont démontré leur efficacité, leur diffusion reste limitée faute de mécanismes suffisants de documentation, d’évaluation et de partage des connaissances.
La sécurité sanitaire des aliments demeure un enjeu majeur de santé publique, de développement économique et de sécurité alimentaire sur le continent africain. Si les initiatives visant à réduire les risques sanitaires se multiplient dans plusieurs pays, leur diffusion reste souvent limitée aux territoires où elles ont été conçues. Les spécialistes du secteur estiment pourtant que la mutualisation des expériences réussies pourrait accélérer l’amélioration des systèmes alimentaires africains.
Les estimations publiées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) illustrent l’ampleur du défi. En 2021, environ 866 millions de cas de maladies d’origine alimentaire ont été recensés dans le monde, provoquant 1,52 million de décès et des pertes de productivité évaluées à près de 310 milliards de dollars.
L’Afrique et l’Asie du Sud-Est concentrent à elles seules près des trois quarts des cas recensés et environ 60 % des décès liés à la consommation d’aliments contaminés. Les enfants de moins de cinq ans figurent parmi les principales victimes, supportant près d’un tiers de la charge mondiale alors qu’ils représentent moins de 10 % de la population.
Au-delà de ces chiffres, le thème retenu cette année pour la Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments met l’accent sur la nécessité de transformer les données scientifiques en politiques publiques et en actions concrètes, adaptées aux réalités des systèmes alimentaires.
Les marchés informels au cœur des enjeux africains
Pour les experts, l’amélioration de la sécurité sanitaire des aliments passe inévitablement par les marchés traditionnels, qui constituent le principal lieu d’approvisionnement alimentaire des ménages dans la plupart des villes africaines.
Ces espaces jouent un rôle économique et social majeur. Ils assurent l’accès à des denrées alimentaires abordables tout en procurant des revenus à des millions de petits commerçants, en particulier des femmes.
Dans ce contexte, les politiques publiques privilégient de plus en plus des solutions adaptées aux réalités locales : amélioration de l’accès à l’eau potable, infrastructures de marché plus sûres, renforcement des pratiques d’hygiène, amélioration des systèmes de stockage et de conservation, inspections fondées sur l’évaluation des risques et sensibilisation des consommateurs.
Les spécialistes soulignent également que les mesures réglementaires gagnent en efficacité lorsqu’elles sont élaborées avec les producteurs, les transporteurs, les transformateurs et les commerçants concernés.
Une gouvernance continentale en construction
Au niveau continental, plusieurs initiatives témoignent d’une volonté de renforcer la gouvernance de la sécurité sanitaire des aliments.
La Stratégie de sécurité sanitaire des aliments pour l’Afrique 2022-2036 de l’Union africaine constitue désormais le principal cadre de référence pour améliorer les systèmes nationaux de contrôle des aliments, renforcer la coordination régionale et favoriser l’harmonisation des normes.
Cette dynamique s’inscrit également dans l’approche « Une seule santé », qui considère la santé humaine, animale, végétale et environnementale comme interdépendantes face aux risques sanitaires.
Une étape importante a été franchie en février 2025 avec l’adoption du statut portant création de l’Agence africaine de sécurité sanitaire des aliments. Cette future institution devrait contribuer à harmoniser les politiques nationales, renforcer les évaluations des risques, faciliter les échanges de données et améliorer la coordination lors des crises sanitaires.
Parallèlement, plusieurs États africains ont engagé des évaluations de leurs systèmes nationaux de contrôle des aliments afin d’identifier leurs insuffisances et de définir les priorités de réforme.
Des expériences africaines qui démontrent leur efficacité
Au-delà des réformes institutionnelles, plusieurs initiatives nationales illustrent les possibilités de diffusion des innovations africaines.
Le programme Aflasafe figure parmi les exemples les plus cités. Développé grâce à des partenariats entre instituts de recherche africains et internationaux, il utilise des souches non toxiques de champignons pour réduire la contamination du maïs, de l’arachide et d’autres cultures par les aflatoxines.
Après son développement initial au Burkina Faso, la solution a été adaptée au Mali, au Niger et au Togo, où les essais réalisés entre 2019 et 2023 ont montré une réduction de plus de 80 % des concentrations d’aflatoxines dans les cultures traitées.
Cette expérience met en évidence qu’une innovation peut être transférée d’un pays à l’autre à condition d’être validée scientifiquement et adaptée aux réalités locales.
L’Éthiopie offre un autre exemple avec son programme national de gestion post-récolte. Depuis 2013, le pays encourage l’utilisation de sacs hermétiques et de silos métalliques pour améliorer la conservation des céréales.
En 2024, environ trois millions de sacs hermétiques avaient été distribués à près de 600 000 ménages, parallèlement à la formation d’artisans locaux chargés de fabriquer les silos métalliques.
L’expérience éthiopienne montre cependant que la diffusion d’une technologie dépend également de facteurs économiques tels que la disponibilité des matériaux, les capacités de production locales, les mécanismes de financement et l’accompagnement institutionnel.
Transformer les expériences locales en politiques publiques
Pour de nombreux spécialistes, le principal défi consiste désormais à mieux documenter les initiatives africaines afin de permettre leur adaptation dans d’autres contextes nationaux.
Cette démarche suppose non seulement d’évaluer les résultats obtenus, mais aussi d’identifier les conditions ayant permis leur réussite, les ressources mobilisées, les contraintes rencontrées ainsi que les éventuels échecs.
Le Centre régional d’excellence contre la faim et la malnutrition (CERFAM) pourrait jouer un rôle dans cette dynamique en facilitant le partage des connaissances, les échanges techniques entre pays et la coopération Sud-Sud.
Au-delà de la diffusion des expériences, les analyses convergent vers trois priorités : renforcer les systèmes de surveillance des maladies d’origine alimentaire, améliorer la documentation scientifique des innovations africaines et développer des mécanismes permettant d’adapter les solutions ayant fait leurs preuves aux réalités propres à chaque pays.
L’enjeu dépasse la simple multiplication des projets pilotes. Il s’agit désormais de créer les conditions permettant aux innovations africaines de devenir des références continentales capables d’améliorer durablement la sécurité sanitaire des aliments et de contribuer à la mise en place de systèmes alimentaires plus résilients.
(AIP)
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