Abidjan, 18 août 2026 (AIP) – Alors que la lutte contre l’orpaillage illégal s’intensifie en Côte d’Ivoire, plusieurs localités ont réussi à préserver leurs terres et leurs ressources naturelles de l’exploitation clandestine de l’or, grâce à la mobilisation de leurs populations.
Ces expériences locales montrent que le refus communautaire constitue un rempart efficace contre l’installation des exploitants clandestins et un complément indispensable aux opérations de répression menées par l’État.
Du 1er janvier au 31 juillet 2026, la gendarmerie nationale a procédé au déguerpissement de 1 114 sites d’orpaillage illégal, à la faveur de 953 opérations, avec 1 531 personnes interpellées. Ces interventions ont également permis la saisie de 4 410,42 grammes d’or, de 255 barres de dynamite, 2 541 motopompes, 59 pelleteuses et 244 groupes électrogènes, entre autres matériels utilisés dans l’exploitation clandestine.
Ces chiffres illustrent l’ampleur de la riposte engagée par les autorités face à un phénomène qui, au-delà de ses conséquences sur le secteur minier, affecte les terres agricoles, les cours d’eau, l’environnement et la sécurité des populations.
Des communautés qui ont choisi de dire non
Intervenant sur les antennes de Radio Côte d’Ivoire, le 15 août, puis sur le plateau de NCI, le 16 août, le directeur général des Mines et de la Géologie, Seydou Coulibaly, a toutefois mis en lumière une autre dimension de cette lutte : la capacité des communautés à empêcher, en amont, l’installation des exploitants clandestins.
Selon lui, la répression, aussi importante soit-elle, ne saurait suffire à contenir durablement le phénomène si elle n’est pas accompagnée d’une mobilisation des populations.
« Les seuls endroits où l’orpaillage illégal a été définitivement contenu sont les localités où les communautés ont dit non », a-t-il déclaré, estimant que les propriétaires terriens, les chefs de village, les jeunes, les cadres, les élus et les mutuelles de développement ont un rôle déterminant à jouer.
Cette réalité est particulièrement perceptible dans plusieurs localités citées comme exemples de résistance communautaire. Dans le département de Boundiali, précisément à Gbémou, les élus et les cadres ont fait front contre l’installation des exploitants clandestins. Leur opposition a permis d’empêcher le développement durable de l’orpaillage illégal dans la localité.
La préservation de ce territoire revêt un intérêt particulier puisqu’il dispose d’un important cours d’eau ainsi que d’un barrage à vocation agricole. La protection de ces ressources constitue donc un enjeu à la fois environnemental et économique pour les populations dont les activités dépendent notamment de l’agriculture.
Dans un contexte où l’exploitation clandestine peut entraîner la dégradation des terres et la perturbation des ressources hydriques, le refus opposé par les acteurs locaux apparaît ainsi comme un moyen de préserver le potentiel agricole de la localité.
À Sissèdougou, dans la sous-préfecture de Ganaowni, les populations ont fait le choix de la vigilance. Elles ont mis en place une cellule de veille afin de prévenir l’installation éventuelle d’orpailleurs clandestins. Cette organisation communautaire constitue une forme de prévention de proximité, permettant aux populations de surveiller leur environnement et de réagir rapidement face à toute tentative d’implantation d’activités minières illégales.
L’expérience de Sissèdougou démontre ainsi que la lutte contre l’orpaillage clandestin peut également se jouer en amont, avant même l’ouverture d’un site d’exploitation.
À Yobouèkro, dans le département de Toumodi, les habitants ont également refusé l’installation des exploitants clandestins. La particularité de cette localité réside dans le choix opéré par les populations de s’organiser en coopérative et d’obtenir des autorisations d’exploitation minière artisanale.
Cette démarche traduit la volonté de substituer à une exploitation clandestine une activité encadrée par les pouvoirs publics. Elle offre également une illustration de l’approche consistant à promouvoir une exploitation artisanale légale et organisée, tout en protégeant les populations et l’environnement.
Dans la région du Moronou, le village d’Andé, dans la sous-préfecture du même nom, a également empêché l’installation de l’orpaillage illégal sur son territoire. Dans le département d’Arrah, précisément à N’Zanfouenou, dans la sous-préfecture de Kotobi, la volonté des populations a également permis de préserver la localité de cette activité clandestine. À Assièkokorè, dans la sous-préfecture du même nom, les habitants ont, eux aussi, clairement exprimé leur refus de l’orpaillage illégal, permettant à la localité de rester préservée.
Ces différentes expériences présentent un dénominateur commun : la détermination des communautés à ne pas laisser leurs terres être transformées en sites d’exploitation clandestine.
Une mobilisation qui prend tout son sens au regard de l’ampleur du phénomène
La portée de ces initiatives locales se mesure à l’aune de l’ampleur de l’orpaillage illégal à l’échelle nationale. Depuis 2021, plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal ont été démantelés en Côte d’Ivoire et 4 474 personnes ont été déférées devant la justice, selon un bilan présenté le 23 juillet par le Conseil national de sécurité (CNS). Parmi ces personnes, 65 % sont des ressortissants étrangers.
Sur la seule période allant de janvier à juillet 2026, les opérations ont également conduit à la destruction de milliers d’installations et d’équipements utilisés sur les sites clandestins, dont 16 200 abris de fortune, 6 142 motopompes et 5 845 concasseurs, selon le bilan communiqué par la gendarmerie.
Ces données traduisent la permanence du phénomène malgré l’intensification des opérations de démantèlement. Elles renforcent, par conséquent, la nécessité d’une action concertée associant forces de sécurité, administration minière, autorités coutumières et populations.
« La solution est donc locale »
Pour Seydou Coulibaly, les expériences de Gbémou, Sissèdougou, Yobouèkro, Andé, N’Zanfouenou et Assièkokorè démontrent qu’une communauté déterminée peut constituer la première ligne de défense de son territoire.
« Là où les propriétaires terriens, les chefs de village, les jeunes, les cadres, les élus et les mutuelles de développement ont refusé l’orpaillage illégal, ce phénomène ne s’est pas installé », a-t-il fait remarquer.
Le responsable en conclut que « la solution est donc locale », puisque l’absence d’orpaillage illégal dans certaines localités démontre, selon lui, que les communautés disposent d’une capacité réelle à empêcher l’implantation des exploitants clandestins.
Cette responsabilité collective apparaît d’autant plus importante que l’orpaillage illégal ne se limite pas à une infraction au Code minier. Il peut affecter les activités agricoles, dégrader les terres, perturber les cours d’eau, fragiliser les économies locales et créer des tensions sociales.
La mobilisation communautaire vient ainsi compléter les opérations de répression conduites par l’État à travers le Conseil national de sécurité (CNS) et le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GSLOI).
Les opérations portent notamment sur le démantèlement des sites, l’interpellation des acteurs impliqués, la saisie des équipements, la confiscation de l’or extrait frauduleusement ainsi que la récupération des fonds issus des activités illicites.
Parallèlement, le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie mise sur la sensibilisation pour renforcer la prévention. Dans ce cadre, le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly avait rencontré, le 8 décembre 2023 à Yamoussoukro, le directoire de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire (CNRCT-CI) afin de lancer une stratégie conjointe contre l’orpaillage illégal.
Cette initiative visait notamment à sensibiliser les autorités coutumières aux conséquences économiques, sociales et environnementales de l’exploitation clandestine de l’or et à les associer à la diffusion des messages de prévention au sein des communautés.
La sensibilisation s’est ensuite poursuivie dans plusieurs parties du pays, notamment dans les districts des Savanes et des Lacs, ainsi que dans les régions du Moronou, de l’Agnéby-Tiassa et de La Mé.
Des étapes ont notamment été enregistrées à Kong, Boundiali, Korhogo, Daoukro, Toumodi, Dimbokro, Bongouanou, Agboville et Adzopé, permettant aux autorités de toucher différentes catégories d’acteurs locaux.
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