Man, 29 juin 2026 (AIP)- À Tiébly, dans le département de Facobly, le groupe scolaire peine à absorber l’augmentation du nombre d’élèves, contraignant plus de 180 d’entre eux à étudier sous des paillotes dans un établissement confronté à un déficit de salles de classe et d’infrastructures essentielles.
Derrière les deux bâtiments en dur de l’EPP Tiébly 1, six paillotes alignées servent de salles de classe. Sous l’une d’elles, des élèves de CM2 en pleine préparation de leur examen de fin d’année, suivent leur leçon tandis qu’à quelques mètres, une chèvre traverse la cour envahie par les herbes. Plus loin, une moto coupe l’enceinte de l’école avant de poursuivre sa route vers le village. Ici, rien ne sépare réellement l’espace scolaire du reste de la localité.
Le groupe scolaire de Tiébly porte les marques d’une école qui n’a pas grandi au même rythme que sa population scolaire
Dans ce village de plus de 1 300 habitants situé à une dizaine de kilomètres de Koua, chef-lieu de sous-préfecture, les effectifs ont augmenté au fil des années. Les infrastructures, elles, sont restées pratiquement les mêmes.
L’EPP Tiébly 1 repose sur deux bâtiments en dur. Malgré les couches de peinture appliquées sur les murs, le temps a laissé ses empreintes. Des fissures apparaissent sur certaines façades. Des parties des bâtiments témoignent de plusieurs années d’utilisation. Ces salles ne suffisent plus à accueillir tous les élèves. Pour faire face à cette situation, une seconde école a vu le jour. Huit ans plus tard, l’EPP Tiébly 2 fonctionne toujours avec six classes construites en paillotes. Cent quatre-vingt-six élèves y poursuivent leur scolarité.

Sous ces abris, les cours se déroulent comme partout ailleurs. Les élèves répondent aux questions de l’enseignant, recopient les leçons et suivent les exercices inscrits au tableau. Mais les conditions d’apprentissage rappellent constamment les limites de l’établissement.
« Nous sommes dans un gros village. L’école a débuté avec deux bâtiments mais vu les effectifs qui s’augmentent, on est confrontés à des difficultés telles que celles que vous voyez », explique l’enseignant de CM2, Konan Yao Olivier, interrogé par l’AIP, courant mai 2026.
D’un geste de la main, il désigne les paillotes installées derrière les bâtiments. « Je suis au CM2. Normalement ces élèves sont censés être dans une classe normale. Mais nous sommes exposés avec les passages d’animaux et autres. Nous sommes sous les paillotes et vraiment nous avons besoin de l’aide. Sans un bon cadre, les enfants ne peuvent pas avoir un meilleur apprentissage. Nos élèves apprennent dans la précarité », poursuit-il.
Directeur de l’EPP Tiébly 2, Téhé Jean Marie vit cette réalité depuis l’ouverture de l’école. Face aux six paillotes qui abritent ses classes, il évoque les difficultés auxquelles enseignants et élèves sont confrontés chaque année. « C’est un groupe scolaire. Je suis le directeur de l’école 2 où toutes les six classes sont en paillote. Cela fait huit ans aujourd’hui que j’ai ouvert cette école en paillote », explique-t-il.
Les structures exigent une surveillance permanente. « Pour une question de sécurité au cours de l’année, nous sommes obligés de veiller à ce que les bois qui servent de piliers aux classes soient remplacés deux ou trois fois », précise le directeur.
Lorsque les nuages s’amoncellent au-dessus du village, la vigilance s’impose davantage. Puis il laisse échapper une interrogation qui résume le sentiment partagé par de nombreux enseignants. « Quel enseignant adore rester sous les paillotes pour enseigner ? », Avant d’ajouter : « Ce que je peux demander, c’est que l’État vienne nous aider à terminer le bâtiment en construction pour que les enfants soient mieux logés pour bien apprendre ».
L’absence de clôture apparaît comme l’une des réalités les plus visibles du groupe scolaire

La cour reste ouverte de tous les côtés. Des habitants la traversent pour rejoindre leurs habitations ou leurs plantations. Les motos empruntent les passages qui longent les salles de classe. Les animaux circulent sans obstacle.
Par endroits, les herbes ont pris possession d’une partie de l’espace scolaire. Elles attirent chèvres et moutons qui fréquentent régulièrement les lieux. Pendant les séances d’éducation physique et sportive, ces passages perturbent parfois les activités.
« En plein cours d’éducation sportive avec nos enfants, on assiste à tout un ballet de passage d’animaux, de motos, des habitants, toute chose qui n’est pas faite pour assurer un encadrement serein à nos élèves », témoigne l’enseignant tenant la classe de CM2.
À ces difficultés, s’ajoute l’absence de plusieurs équipements de base. L’école ne dispose pas de latrines. Pour satisfaire leurs besoins naturels, les élèves rejoignent les broussailles situées derrière l’établissement.
« Les élèves vont pour leurs besoins dans les broussailles, ce qui les expose à plusieurs sortes de dangers. On a donc besoin de latrines à l’école », indique-t-il.
La question de l’eau revient également dans tous les échanges. Aucun point d’eau n’existe dans l’enceinte scolaire. « Il n’existe pas de point d’eau et parfois les élèves sont obligés d’aller à la rivière pour se désaltérer », explique Konan Yao Olivier.
L’absence de cantine constitue une autre préoccupation. Une partie des élèves fréquente l’école depuis les campements environnants. « Il y a des élèves qui viennent des campements. Mais un élève qui va quitter le campement pour venir à l’école et retourner encore à midi pour chercher de quoi manger, il y a problème. Donc il y a nécessité de doter l’école d’une cantine scolaire pour faciliter l’apprentissage des enfants », souligne l’enseignant.

Des efforts pour solutionner la difficulté restent encore insuffisants
À quelques mètres des salles de classe, un bâtiment inachevé témoigne des efforts entrepris pour améliorer les conditions d’accueil des élèves. Les travaux progressent nonchalamment grâce aux contributions des populations, des parents d’élèves et des cadres du village.
Le président du Comité de gestion des établissements scolaires (COGES), Gbéhi André, reconnaît que les moyens disponibles restent limités face à l’ampleur des besoins. « Comme la plupart des COGES du canton, le COGES de Tiébly se débrouille par ses cotisations venant des parents d’élèves pour aider l’école », explique-t-il.
Créée en 1966 et ouverte en 1977, l’école accueille aujourd’hui davantage d’élèves que ne peuvent contenir ses infrastructures. « Aujourd’hui compte tenu du nombre d’élèves, nous n’avons pas assez de bâtiments pour accueillir tous les apprenants. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous faisons appel à nos cadres afin de nous venir en aide », poursuit-il.
Selon lui, le chantier en cours représente un espoir pour toute la communauté scolaire. Lorsque la question des priorités lui est posée, sa réponse est immédiate. « Ce qu’il faut faire immédiatement, c’est de terminer le bâtiment que nous avons entrepris de construire et qui traîne encore. En plus de cela, il nous faut des bancs, des tableaux et l’eau », insiste-t-il.
En mai, malgré les difficultés relevées dans ce groupe scolaire, les cours se poursuivaient dans toutes les classes. Sous les bâtiments en dur comme sous les paillotes, les enseignants continuaient d’assurer les leçons tandis que les élèves poursuivaient leur apprentissage dans l’attente d’infrastructures capables d’accompagner l’évolution des effectifs.
(Reportage réalisé par le CBR Man, Delphin Ehui)
(AIP)
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