Abidjan, 05 nov 2026 (AIP) – Deux millions et demi de tonnes de caoutchouc naturel produites en 2025, des capacités industrielles en forte progression, mais des plantations vieillissantes et une matière première qui peine à suivre le rythme des usines. Cinquante ans après la création de l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (APROMAC), la filière hévéa se trouve à un tournant de son développement, entre impératif de renouvellement du verger, sécurisation de l’approvisionnement et ambition de créer davantage de valeur ajoutée localement.
Ces enjeux ont été au cœur des échanges de la journée scientifique de la 2e édition des Journées du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (JCN-CI), organisée jeudi 5 novembre 2026 à Abidjan, dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’APROMAC.
Des capacités industrielles en quête de matière première
Au fil des interventions, les acteurs de la filière ont dressé le constat d’un secteur en pleine expansion, mais confronté à un déséquilibre croissant entre les capacités de transformation installées et la disponibilité de la production agricole.
Depuis 2016, la croissance de la production a encouragé l’installation de nouvelles unités industrielles, avec l’arrivée de groupes internationaux aux côtés des opérateurs locaux. Pour Lamine Sanogo, président du conseil d’administration de l’Association des usiniers producteurs de caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (AUPCN), cette évolution a permis de renforcer considérablement les capacités de transformation du pays.
Mais cette dynamique fait désormais apparaître un nouveau défi : assurer un approvisionnement régulier des usines. « À moyen terme, il faut du caoutchouc », a-t-il souligné, estimant que la filière doit désormais consolider sa base agricole pour accompagner les investissements industriels.
Le renouvellement du verger, une priorité
Le vieillissement des plantations accentue cette préoccupation. Selon Sahifo Gbo, administrateur du Programme d’urgence de renouvellement et d’extension du verger hévéicole (PURE), près de 90 % de la production hévéicole est concernée par des problématiques liées à l’âge des plantations et à la baisse des rendements. Une situation aggravée par l’urbanisation qui réduit progressivement les espaces agricoles.
Lancé en 2025, le PURE ambitionne de renouveler et d’étendre le verger sur 500 000 hectares à l’horizon 2035, à raison de 50 000 hectares par an. Le programme repose sur deux axes : le remplacement des plantations ayant dépassé leur durée de vie économique, estimée entre 30 et 35 ans, et l’extension de l’hévéaculture au-delà du septième parallèle, dans des zones jusque-là considérées comme marginales.
Pour soutenir cette ambition, des infrastructures de production de matériel végétal sont annoncées, avec notamment 60 hectares de jardins à bois de greffes et 60 hectares de pépinières prévus en 2026 dans les zones Est, Ouest et Centre, entre les 7e et 9e parallèles.
La recherche au service de nouveaux débouchés
Au-delà de la disponibilité de la matière première, les professionnels veulent également franchir une nouvelle étape dans la valorisation du caoutchouc naturel. L’objectif ne consiste plus seulement à produire et à transformer la matière brute, mais à développer des activités industrielles permettant de capter davantage de valeur en Côte d’Ivoire.
Cette orientation suppose de diversifier les produits issus de l’hévéa. Les graines sont ainsi être exploitées pour produire du biodiesel, de l’huile ou du savon. Le latex concentré, les gants et d’autres produits trempés, notamment à usage pharmaceutique, figurent également parmi les débouchés envisagés.
Le Centre national de recherche agronomique (CNRA) entend accompagner cette évolution par la mise au point de nouveaux clones répondant à ces usages. Son représentant, Michel Amani Kouakou, directeur adjoint chargé de la recherche et du développement, a expliqué que les variétés développées jusque-là étaient principalement destinées à la production de caoutchouc naturel. Les nouvelles exigences industrielles appellent désormais un matériel végétal adapté à la valorisation des autres ressources de l’hévéa.
La recherche devra aussi contribuer à l’adaptation de la culture aux changements climatiques, notamment par la sélection de variétés adaptées à l’évolution de la pluviométrie. Le recours aux drones et à l’intelligence artificielle pour surveiller l’état sanitaire des plantations et détecter les risques constitue une autre piste de modernisation.
Vers une nouvelle étape de développement
Pour les acteurs de la filière, le défi est donc global : renouveler les plantations, améliorer les rendements, sécuriser l’approvisionnement des unités industrielles et développer de nouveaux débouchés. La question de la main-d’œuvre, notamment des saigneurs, ainsi que la valorisation des plantations en fin de vie devront également être prises en compte.
À l’occasion des 50 ans de l’APROMAC, les échanges ont ainsi mis en évidence la nécessité de faire évoluer le modèle de développement de l’hévéaculture ivoirienne. Après la consolidation de la production et de la première transformation, la filière entend désormais miser sur la recherche, l’innovation et la seconde transformation pour renforcer sa compétitivité et accroître les retombées économiques de cette culture.
(AIP)
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