Dakhla (Maroc), 29 nov 2025 (AIP) – Le Pr Chantal Akoua-Koffi, microbiologiste de renom et membre de l’Académie des sciences de la santé de la Fondation Mohammed VI, a insisté sur l’urgence pour les pays africains de mettre en place une base de données sanitaire préventive et curative harmonisée à l’échelle du continent.
Elle intervenait vendredi 28 novembre 2025 au premier Sommet africain sur les systèmes de santé et la souveraineté sanitaire à Dakhla, au Maroc.
S’exprimant sur le thème « Système d’information sanitaire : vers une base de données de santé préventive et curative africaine », l’experte ivoirienne a rappelé que les données de santé – individuelles ou communautaires – constituent un outil stratégique dans la prise de décision en santé publique.
« En santé mondiale, les données sont indispensables pour assurer des soins préventifs et curatifs efficaces », a-t-elle souligné.
Le Pr Akoua-Koffi a relevé que, si des systèmes d’information sanitaire existent dans les différentes régions du monde, certains ont été développés par des organisations internationales comme le Fonds des Nations-Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
En Afrique, ces systèmes varient d’un pays à l’autre, bien que reposant sur les mêmes types de ressources, d’outils et d’approches.
Elle a expliqué que la base du recueil des données demeure la surveillance de l’état de santé des populations, qu’il s’agisse d’une surveillance communautaire ou institutionnelle.
Les épidémies et pandémies récurrentes, exacerbées par l’affaiblissement des systèmes de santé et les effets du changement climatique (pollution, stress hydrique, insécurité alimentaire), montrent que « la santé est désormais un enjeu stratégique mondial nécessitant une surveillance en temps réel et des outils performants ».
Dans une interview accordée à l’ AIP, le Pr Akoua-Koffi a insisté sur l’importance cruciale des bases de données sanitaires dans l’anticipation et la gestion des maladies.
« Les bases de données préventives et curatives permettent de prévenir une maladie ou de la soigner. C’est un système d’enquête et de collecte qui, une fois analysé, oriente les interventions, notamment en situation d’urgence », a-t-elle expliqué.
Pour illustrer cette nécessité, elle a cité l’exemple d’une zone touchée par la fièvre jaune : si les données indiquent une faible couverture vaccinale chez les enfants, une campagne de vaccination peut être déclenchée immédiatement.
« En Afrique subsaharienne, nous manquons encore d’informations. Quand tu ne finances pas ton système de santé, tu ne maîtrises aucune politique de santé », a-t-elle regretté.
Elle a ainsi plaidé pour une volonté politique affirmée, des ressources financières suffisantes, et une formation spécialisée afin de permettre aux pays africains d’atteindre une véritable souveraineté sanitaire.
Le Pr Akoua-Koffi a appelé les États africains à travailler ensemble pour créer une base de données sanitaire nationale dans chaque pays, interconnectée et accessible aux grandes organisations internationales comme l’OMS.
Une telle initiative, selon elle, renforcerait la capacité de prévention, d’intervention et de planification sanitaire à l’échelle continentale.
Elle a conclu en affirmant que la réussite de tout système d’information en santé nécessite des ressources humaines locales qualifiées ainsi qu’un système de gouvernance solide, capable d’assurer la permanence et l’efficacité des dispositifs mis en place.
(AIP)
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