Divo, 27 août 2025 (AIP) – A Gbéga, village enclavé, situé à plus de 600 mètres d’altitude, et à une quarantaine de kilomètres de la sous-préfecture de Lakota, les populations peinent à avoir de l’eau potable. Une rivière, seule source d’eau, permet d’alimenter le village, obligeant les femmes à parcourir chaque jour de grandes distances pour aller chercher, pour leurs familles, cette eau de qualité douteuse, avant de vaquer à toute autre activité. Une situation stressante pour les couples et à l’origine de la rupture de certains ménages du village.
La rude épreuve de l’accès à l’eau
Vétuste de par ses habitations et installé sur un sol rocailleux, le village de Gbéga ne dispose d’aucune infrastructure d’eau potable à ce jour. Sa seule source d’eau est la rivière ‘’Gbagba’’, qui coule en contrebas d’une colline, à deux kilomètres dans la brousse.
Les femmes, principalement affectées à la tâche de la quête de l’eau, traversent la broussaille et des plantations en descendant une pente par une piste pleine d’embuches de pierres, risquant à tout moment une chute, à la descente comme à la montée. Pour cette corvée d’eau, chaque jour, tôt le matin, elles vont à la rivière avec sur la tête des bidons en plastique de 25 litres ou de grandes cuvettes également en plastique. C’est le cas d’une des responsables des femmes du village, N’Drin Antoinette.

La rivière Gbagba ressemble plus à un lac, tant elle semble immobile. Petite en largeur, elle donne une eau plutôt claire, qui laisse apparaître dans son lit un fond de couleur verdâtre. Les femmes y pénètrent nus pieds ou chaussées pour remplir leurs récipients. Munies de petites cuvettes, elles remplissent leurs bidons et grosses cuvettes qu’elles portent sur la tête.
Il reste alors le chemin du retour à parcourir. Femmes et jeunes filles, parfois aider de jeunes garçons, escalent la pente en zigzag pour prendre appui ou éviter les embûches, avec le lourd poids des récipients remplis d’eau sur la tête.
Cette eau est directement consommée, à la rivière comme dans les ménages, sans subir de traitement préalable. Les populations, fatalistes, disent ne pas avoir d’autres choix que de consommer cette eau, même si celle-ci présente des risques de maladies pour elles. Elle est la seule eau qui est servie à tout le monde à la maison, même au visiteur.
Au terme des allers et retours à la rivière Gbagba, Mme N’Drin revient sur le martyre que souffrent chaque jour les femmes et jeunes filles du village, pour parvenir à constituer la réserve d’eau de la famille.
Rupture de certains couples et angoisse pour d’autres du fait de la difficile quête de l’eau
La cinquantaine, dame N’Drin, est une résidente du village. Elle a constitué avec d’autres femmes un groupe pour se soutenir mutuellement dans les travaux champêtres et dans la vie quotidienne. Mais, le problème d’eau qui est leur défi à toutes reste une cause de départ de certaines jeunes femmes de leurs foyers.

Selon cette responsable des femmes, les femmes à Gbéga sont épuisées dès le matin par la corvée d’eau, alors que les travaux champêtres les attendent et qu’après ces travaux des champs, elles doivent revenir faire le repas du soir pour la famille.
Dame N’Drin a relevé qu’en raison de cette épreuve de la quête de l’eau, des épouses ou fiancés des hommes du village font souvent palabre avec leurs belles-mères ou belles-sœurs, qui les harcèlent d’aller chercher l’eau à la rivière.
« Les femmes ne veulent pas vivre à Gbéga à cause de l’eau. Les jeunes filles qui viennent se marier se retournent parce qu’elles ne supportent pas la corvée d’eau. On fait trois à quatre kilomètres pour prendre l’eau avant d’aller au champ, parce qu’à notre retour on doit préparer. Il faut être courageuse, avoir la foi pour pouvoir rester à Gbéga », soutient Mme N’Drin.
Des hommes abandonnés par leurs femmes ou compagnes, du fait de la surcharge de travail provoquée par la quête de l’eau, n’ont pas voulu témoigner. Ceux par contre qui craignent d’être de futures victimes de cette situation ont exprimé leurs angoisses.

Kouamé N’Dri Jean Vincent est un fils adoptif du village. Il y vit depuis plusieurs années et est bien intégré dans le groupe des jeunes du village et a eu de la terre pour faire sa plantation de cacao. Il y vit avec sa femme et son frère. Mais, il est habité par la peur de voir son épouse le quitter un jour, à cause des difficultés à s’approvisionner en eau.
« Je veux qu’il y ait de l’eau (de pompe) à Gbéga. Si la situation du manque d’eau perdure, demain nos femmes vont fuir. Alors, nous supplions les autorités afin qu’elles viennent régler le problème de l’eau à Gbéga », plaide Kouamé N’Dri.
Le secrétaire général du chef de la communauté étrangère du village, Sawadogo Roger, également bien intégré au groupe des jeunes du village, exprime la même inquiétude que Kouamé N’Dri. « Le problème qui nous fatigue ici est surtout le problème de l’eau. A cause de cette corvée d’eau, aujourd’hui beaucoup de nos femmes nous fuient, alors que la vie de célibataire n’est pas du tout facile », soutient Sawadogo. Il a lancé également un SOS aux autorités.

Les défis de toutes sortes assaillent au quotidien les habitants du village de Gbéga, ce village d’environ 600 habitants, selon des responsables de la mutuelle dudit village. Enclavé, faute de routes praticables et perché sur une montagne, Gbéga et ses habitants se sentent abandonnés. Le défi existentiel de l’eau, couplé à la préoccupation de la stabilité des familles et aux problèmes infrastructurels, rendent le quotidien des populations angoissant. Elles attendent désespérément qu’une oreille attentive des autorités compétentes vienne les sauver de cette situation.
(AIP)
jmk/fmo
Un reportage de Jean-Marie Koffi à Divo
Chef du bureau régional de Divo

