Abidjan, 08 nov 2026 (AIP) – Dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal dans le département de Bouaflé, une délégation du Comité départemental de lutte contre ce phénomène, conduite par le préfet de la région de la Marahoué, préfet du département de Bouaflé, Gonbagui Gueu Georges, a effectué, jeudi 5 novembre 2026, une visite de terrain sur les sites de Lagrikro et de Pangbankouamékro, dans la sous-préfecture de Pakouabo.
Cette mission avait pour objectif d’évaluer les résultats des actions de sensibilisation et de répression engagées contre cette activité illicite, il y a environ deux mois. Au terme de cette visite, le préfet revient, dans cet entretien, sur les constats effectués, les avancées enregistrées et les perspectives de renforcement de la lutte contre l’orpaillage illégal dans le département.
Monsieur le Préfet, au terme de cette visite de terrain, quel bilan faites- vous des actions de sensibilisation et de répression engagées dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal dans le département de Bouaflé ?
Nous sommes venus constater les résultats du travail de sensibilisation que nous avons entrepris avec toutes les forces vives de la région, ainsi que les actions menées sur le terrain par nos forces de défense et de sécurité, que je tiens à remercier très sincèrement.
Le site de Lagrikro où vivaient près de 3 000 personnes constituait véritablement un défi pour la nation. Une véritable économie s’était développée autour de l’orpaillage illégal, avec notamment des activités commerciales et des infrastructures sociales.
Comme vous avez pu le constater, il y avait même plusieurs catégories de cliniques sur le site, notamment la clinique Pisam et la clinique Indénié. Vous avez également pu voir les conditions dans lesquelles les perfusions étaient administrées, parfois à l’aide d’anciennes bouteilles d’eau minérale. Aujourd’hui, ce site a été entièrement déguerpi. Toutes les activités y ont cessé.
Je voudrais donc adresser mes sincères remerciements à monsieur le sous-préfet de Pakouabo, à l’ensemble du corps préfectoral ainsi qu’à nos forces de défense et de sécurité pour leur réaction prompte et efficace à l’appel du gouvernement.
En confiant au corps préfectoral la responsabilité de mettre fin à l’orpaillage illégal dans un délai de six mois, le gouvernement n’a fait que s’appuyer sur un mécanisme qui existait déjà, notamment à travers le décret de 1994, qui prévoit la délégation de certaines prérogatives du ministre au préfet.
Aujourd’hui, une véritable action de coordination de proximité est menée par l’ensemble du corps préfectoral sur toute l’étendue du territoire national, et les résultats commencent à se faire sentir.
L’engagement du corps préfectoral implique également celui de l’ensemble des populations, notamment les chefs de village et les chefs de communauté. Et les résultats sont aujourd’hui visibles. Nous sommes venus sur le site de Lagrikro. Vous avez pris des images et vous pouvez constater que l’activité d’orpaillage appartient désormais au passé sur ce site.
Il y avait plus de 1 000 dragues sur les eaux. L’exploitation aurifère par dragage était d’ailleurs l’une des formes d’orpaillage les plus insidieuses et les plus difficiles à combattre, notamment parce que nos forces n’étaient pas suffisamment équipées pour y faire face. Mais aujourd’hui, grâce au courage et à la détermination de nos forces, la situation a considérablement changé.
Je voudrais particulièrement féliciter deux gendarmes qui font honneur à leur profession : le commandant d’escadron de Zuénoula et le commandant de compagnie de Bouaflé. Ce sont de véritables professionnels.
Ils ont passé plusieurs nuits sur ce site. En effet, les orpailleurs connaissent bien certaines habitudes des Ivoiriens. Ils savent que nous avons parfois tendance à relâcher nos efforts très rapidement. Mais ces gendarmes ont maintenu la pression, harcelé les exploitants illégaux et les ont poussés à abandonner leurs activités.
Il existait même ici une véritable gare internationale de véhicules. Des véhicules en provenance d’un pays voisin arrivaient chargés et repartaient également chargés. A l’époque, lorsqu’on empruntait cette route, on pouvait voir passer près de 100 cyclistes par jour. Les motos étaient également innombrables.
L’agriculture constituait pourtant un secteur économique particulièrement important dans cette localité. Aujourd’hui, toutes ces activités liées à l’orpaillage illégal ont cessé.
Peut-on savoir si certains sites d’orpaillage illégal, précédemment déguerpis dans le département de Bouaflé, ont fait l’objet d’une nouvelle occupation par les orpailleurs ?
Je pense que le président du CNS (ndlr : Conseil national de sécurité) convoquera prochainement le corps préfectoral afin de dresser un bilan après deux mois d’exercice et d’évaluer les résultats obtenus.
En effet, les chiffres dont nous disposons ne concordent pas toujours. Ici, dans le département de Bouaflé, aucun des sites d’orpaillage illégal démantelés n’a, à ce jour, fait l’objet d’une réoccupation. Nous bénéficions aujourd’hui de l’adhésion de toute la population et il n’y a plus de réoccupation des sites.
Il serait donc important que nous nous retrouvions pour établir un bilan concerté, rapprocher nos chiffres et nous accorder sur les actions déjà menées ainsi que sur celles qui restent à entreprendre.
Pour le moment, notre objectif est de vous permettre, à vous, professionnels des médias, qui êtes les miroirs de la société, de rendre compte à toute la nation de ce qui se passe sur le terrain.
Qu’est-ce que l’Etat prévoit pour la reconversion des orpailleurs illégaux ?
Je pense que la lutte contre l’orpaillage illégal est un défi que l’Etat doit impérativement relever. Lorsqu’une activité est interdite dans un pays, il faut d’abord y mettre fin. Ensuite, s’il existe des personnes qui exerçaient cette activité et qu’il convient de reconvertir, nous pourrons réfléchir aux solutions appropriées.
Mais nous ne pouvons pas laisser des personnes poursuivre une activité illégale tout en affirmant que nous allons les reconvertir. Par ailleurs, qui sont réellement ces orpailleurs ? Il faut d’abord les identifier.
S’il s’agit de nationaux qui souhaitent bénéficier de programmes de reconversion, cela peut être envisagé. Mais, apparemment, très peu d’Ivoiriens jouent véritablement un rôle actif dans cette activité. Certains restent dans les villages et attendent simplement que les exploitants viennent leur annoncer les quantités d’or extraites.
On leur dit, par exemple : « Nous avons creusé et obtenu 100 grammes d’or. » Sur chaque gramme, le propriétaire terrien aurait droit à 200 francs CFA. Et c’est ainsi que les transactions se font. Mais celui qui est venu de son pays pour creuser, c’est bien l’exploitant. Il extrait l’or, le tamise et revient ensuite annoncer qu’il a obtenu 100 grammes.
Etiez-vous présent lorsqu’il a procédé au comptage et à la pesée ? Non. Il faut donc d’abord mettre fin à ces pratiques. Ensuite, nous pourrons réfléchir aux mécanismes permettant de reconvertir les personnes concernées.
Et qu’en est-il de la restauration des sites ?
Le préfet: La restauration des sites fait partie d’un programme global. Nous avons des organisations non gouvernementales, notamment Planète Gold, qui nous ont déjà apporté leur soutien dans le processus de fermeture du site. Le directeur régional des Mines, qui se trouve à mes côtés, pourra également vous apporter des précisions. Il existe un programme bien défini.
Une fois les activités illégales définitivement arrêtées, nous rechercherons des partenaires et des personnes de bonne volonté pour nous accompagner dans la réhabilitation des sites.
Les Eaux et Forêts apportent déjà leur contribution, notamment à travers les actions de reboisement. Nous avons également déjà sensibilisé les populations à cette question. Il faut comprendre que la terre, nous l’empruntons à nos enfants, tout comme nos parents nous l’ont empruntée avant de nous la restituer.
Si nous leur transmettons des terres complètement dégradées et couvertes de trous, ils ne pourront pas en tirer profit ni assurer leur avenir. Les populations ont compris ce message. Les chefs de village sont impliqués.
L’orpaillage illégal bénéficie parfois de la complicité de certains membres des populations villageoises. Pensez-vous qu’aujourd’hui les populations sont pleinement engagées à lutter contre ce phénomène ?
Dans notre région, les chefs de village sont pleinement engagés. Les présidents de jeunes le sont également. Vous avez d’ailleurs remarqué la présence d’une jeune dame qui fait partie du comité de veille, qui participe activement à ce combat.
C’est cette mobilisation collective qui permettra de rendre la lutte contre l’orpaillage illégal véritablement efficace. Cette lutte ne doit pas être une simple affaire administrative ou bureaucratique. Elle doit avant tout être une action de terrain.
Tous les Ivoiriens doivent se sentir concernés, car notre pays n’a rien à gagner dans cette activité. C’est l’avenir de notre nation et celui de nos enfants qui sont en jeu.
Nos terres deviennent impropres à la végétation. Le couvert végétal se dégrade considérablement. Mais qu’est-ce que nous gagnons réellement en échange ? Lorsqu’on vit, c’est aussi pour préparer l’avenir des générations futures.
Je crois que les populations ont compris ce message. Dans la région de la Marahoué, nous n’avons pas travaillé en vain. Tout le monde a compris l’enjeu et les chefs sont pleinement impliqués.
Mais le véritable défi, et c’est là tout l’intérêt de votre question, reste le suivi. Le défi, c’est le suivi dans la durée.
Au terme de cet entretien, quel message souhaitez-vous adresser aux personnes qui pensent que tôt ou tard, l’Etat finira par relâcher la pression et abandonner la lutte contre l’orpaillage illégal ?
Le message est très clair : nous ne devons plus permettre à quelqu’un de venir de chez lui pour perforer et dégrader nos sols. L’Etat a pris ses responsabilités et j’ai également engagé celles des chefs de village et des propriétaires terriens.
J’ai demandé à chacun d’assumer pleinement son rôle. Les chefs de village sont les représentants de l’autorité de l’Etat dans leurs localités. A ce titre, ils doivent contribuer à l’application de la politique du gouvernement.
Si un chef de village estime ne pas être en mesure d’appliquer cette politique, il doit démissionner afin qu’une autre personne, capable d’assumer cette responsabilité, puisse être désignée. Je crois que le message a été bien compris.
(AIP)
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